
En 1997, la Documenta X de Kassel a accueilli les premiers artistes du Net.Art et, notamment, la Première Conférence Internationale Cyberféministe. Celle-ci était organisée par le collectif cyberféministe Old Boys Network, dont Cornelia Sollfrank est la fondatrice. Quarante femmes artistes activistes, hackeurEs, internationales, tentent de fédérer leurs actions, listent 100 antithèses pour se définir, « cyberfeminism is not a fashion statement/sajbrfeminizm nije usamljen / cyberfeminism is not ideology, but browser / cyberfeminismus ist keine theorie / cyberfeminismo no es una frontera », discutent des mutations fondamentales apportées par l’arrivée des technologies connectées. Elles s’interrogent surtout les incidences de ces dernières sur la domination et habitudes stéréotypées de l’homme blanc cisgenré dans les institutions muséales et les galeries.
Le hacking culturel de Cornelia Sollfrank infiltre le réseau de la compétition et retourne l’organisation sur ses stéréotypes et ses propres faiblesses. En laissant le milieu de l’art (le musée et la compétition) expérimenter le processus même d’émergence d’une œuvre du Net.Art, en étant elle-même le matériau, elle rend visible la force du regard formaté, par l’histoire de l’art et sa masculinité. Cornelia Sollfrank l’interroge dès l’arrivée d’internet, au sein même du dispositif qui l’accueille, prouvant dans le même temps la naïveté et la non connaissance des spécificités du réseau internet de la part des organisateurs.
Le cyberféminisme défend un féminisme axé sur les possibilités encore inconnues offertes par les technologies numériques et connectées. “Le cyberféminisme n’est pas seulement une stratégie théorique, mais également une méthode politique” explique Sollfrank. L’idée des groupes de femmes cyberféministes reposait sur l’enthousiasme de croire qu’internet et les technologies pourraient permettre de transformer, voire de faire disparaître les discriminations. Elles ont misé, à l’époque, sur la technologie comme outil d’émancipation face au capitalisme blanc, masculin.
Et Cornelia Sollfrank affiche justement le terme extension en clin d’oeil à Donna Haraway auteurE du Manifeste Cyborg ; la philosophe défend le mythe du cyborg comme une tentative de désaliénation. L’extension de l’humain avec les machines initierait la possibilité de dissolution des différences et stéréotypes liés au binarisme de genre. Elle milite pour une déconstruction, reconstruction perméable des corps : « tout objet, toute personne, peuvent désormais être raisonnablement pensés en termes de désassemblage et de réassemblage. Aucune architecture naturelle ne contraint la conception des systèmes. »



