Le travail domestique d’une mère célibataire
Auteurice Sarah Mokbil, 13 juin 2023
«Dans le parcours des couples l’arrivée du premier enfant bouleverse tout.» Anto du « Collectif féministe du canton de Vaud » a pris pleinement conscience de cela en devenant mère. Lors d’une rencontre à quelques jours du lancement de la grève, elle a partagé son expérience.
À l’occasion de la grève féministe, j’ai eu un entretien avec Anto, une mère célibataire et militante du collectif féministe du canton de Vaud. C’est en devenant mère qu’Anto a pris pleinement conscience de la dévalorisation du travail domestique. Mère célibataire, elle milite depuis quelques années afin que ce travail soit reconnu et valorisé.
Avant la naissance de son premier enfant, les connaissances d’Anto sur les inégalités qui existent dans le partage du travail domestique étaient théoriques. Depuis qu’elle est mère, ces inégalités lui paraissent plus flagrantes. Je pense que c’est sacrément en lien avec ma maternité. «Je suis sociologue de formation donc sûrement j’avais déjà des notions autour de tous ce qui est le travail de reproduction sociale. Enfin en termes analytiques on fait la distinction entre le travail productif et le travail reproductif. Et puis le travail productif c’est ce qu’on fait justement quand on est payé. Tu vois on est salarié parce qu’on produit quelque chose. Et il y a ce travail reproductif qui fait reproduire la société. Parce que pour que le travail productif puisse se faire il faut que quelqu’un fasse à manger pour que ce travailleur ou travailleuse puisse aller travailler. Il faut que quelqu’un lave les habits de ces personnes-là, il faut que quelqu’un fasse les achats etc.» explique Anto.

Après la naissance de son premier enfant, Anto se confronte à un père qui ne voulait pas assumer son rôle parental. Elle se retrouve à s’occuper seule de son enfant et des divers travaux domestiques. «Je pense que c’est le moment où moi je me suis retrouvée en tant que mère, à m’occuper de ces futurs petits citoyens-citoyennes»
Un an après la naissance de son enfant, Anto se sépare du père. Cette séparation est selon Anto bénéfique pour elle. «C’était mieux une fois que j’étais séparée parce qu’au moins c’était clair, j’assume tout, alors qu’en couple tu as encore l’espoir que l’autre assume donc c’est plus de frustration.» Afin de réussir à effectuer son travail domestique, Anto s’est créé un réseau de personnes qui lui apportent leur aide.
Cependant, même si elle a de l’aide de la part d’autrui, Anto doit chaque jour consacrer entre 2 à 3 heures au travail domestique. Entre la cuisine, le ménage et la prise en charge des besoins de ses enfants, Anto effectue par semaine entre 14 heures et 21 heures de travail non rémunéré.

Même si Anto assume ses responsabilités de mère célibataire, elle estime indispensable que les hommes participent d‘avantage au travail domestique. Ce dernier inclut, d’après ses expériences, des compétences qui ne sont pas innées mais apprises lors de la pratique. Au même titre que les compétences d’une activité professionnelle.
Pour Anto la différence entre un travail domestique et une activité professionnelle c’est le contrat. Les responsabilités d’une activité professionnelle sont imposées par un contrat, alors que celles du travail domestique le sont par des obligations non contractuelles. «Alors moi j’adore mon boulot mais c’est clair qu’il y a un côté officiel de contrat qui m’oblige par exemple à aller au boulot. Tu vois je ne peux pas ne pas aller aujourd’hui si je n’ai pas envie. Alors que ce travail domestique ou de reproduction sociale ou du care tu le fais pour d’autres raisons. C’est une obligation mais qui n’est pas contractuelle. Moi le ménage je n’aime pas. Chez-moi c’est assez sale, en même temps je me mets une sacrée pression tu vois parce qu’il faut que mes enfants habitent quand même dans un endroit minimum propre etc..»
Afin que le travail domestique puisse être reconnu et valorisé, des féministes du mouvement « The Wages for housework » souhaitent être payées pour le travail domestique effectué dans leur foyer. Cependant pour d’autres féministes, comme celles du « Collectif féministe du Canton de Vaud» cette solution ne convient pas.

D’après Anto, rémunérer le travail domestique risque d’inciter la société à continuer à déléguer cette activité aux femmes, préservant ainsi la problématique de la dévalorisation du travail domestique.
Ces féministes revendiquent plutôt la valorisation du travail domestique dans la cotisation d’une assurance, comme l’AVS.
Les féministes du « Collectif féministe du canton de Vaud » souhaitent également que lors d’une naissance les parents puissent avoir droit à un an de congé parental par personne afin que les deux parents prennent le temps de s’occuper de l’enfant et d’assumer leur responsabilité parentale. Il est également demandé qu’un parent célibataire puisse avoir le choix de disposer de deux années de temps parental ou de déléguer une année à une autre personne.
Anto précise «Nous on se refuse à les appeler des congés parce que tu vois ça va dans ce sens là. Ce n’est pas un congé. C’est tout sauf un congé. Oui c’est un congé du monde productif, mais c’est un temps parental. Tu vois parce que ça continue à véhiculer cette idée que c’est un congé alors je peux t’assurer quand tu es en arrêt de maternité alors tu es tout sauf en congé. Enfin tu es active 24h parce que tu as un petit ou une petite qui a complètement besoin de toi etc.»
Il est aussi indispensable que les femmes et personnes perçues ainsi puissent avoir un salaire égale à celui destiné aux hommes et les personnes perçues ainsi. L’inégalité salariale force les couples à prendre la décision que ce soit la “mère” qui reste à la maison pour s’occuper de l’enfant, puisque son salaire est statistiquement inférieur à celui du “père”, il se révèle obligatoire que celui-ci travaille pour subvenir aux besoins financiers de la famille. L’égalité salariale permettra aux couples de donner la chance aux deux parents d’avoir la possibilité d’assumer leur rôle de parents et d’effectuer leur travail parental en équipe.
Depuis de nombreuses années, la société patriarcale a imposé aux femmes les responsabilités domestiques et le soin des enfants au point qu’il existe encore aujourd’hui la croyance que ce travail est une compétence naturelle et innée chez toutes les femmes. Mais l’expérience d’Anto et de nombreuses femmes prouve que le travail domestique au sein d’un foyer est un véritable travail et qu’il réclame beaucoup plus de responsabilité dès l’arrivée d’un bébé. Voilà pourquoi il est primordial de reconnaître la valeur de ce travail et de valoriser l’égalité des genres dans le partage du travail domestique et de la prise en charge des enfants.




