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Cyberviolence, pression, … : ce que révèle le monitorage des risques sur la sécurité des journalistes en Suisse

Cyberviolence, pression, … : ce que révèle le monitorage des risques sur la sécurité des journalistes en Suisse


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Si la Suisse figure parmi les pays les plus sûrs pour exercer le journalisme, une nouvelle étude commandée par l’Office fédéral de la Communication (OFCOM) et conduite par la Haute école spécialisé des sciences appliquées (ZHAW) révèle une réalité plus contrastée: insultes, attaques numériques et harcèlement touchent une large part de la profession. Dans un contexte inquiétant de restructuration qui s’amplifie, ces révélations sont préoccupantes.

L’étude menée par la ZHAW publiée le 17 novembre 2025 met en évidence une réalité devenue difficile à ignorer: le monde du journalisme est confronté à une montée de la haine, du harcèlement et des pressions juridiques qui touchent une large majorité de personnes de la profession. En 2024, 60 % des journalistes interrogé-es affirment avoir reçu des remarques haineuses ou insultantes dans le cadre de leur travail, et ces attaques s’adressent aussi bien à leurs productions journalistiques qu’à leur identité personnelle ou à leur média.

Onze pour-cent des personnes sondées ont été confrontées à du harcèlement sexuel, principalement verbal mais parfois aussi physique. À cela s’ajoutent les risques numériques: attaques informatiques, tentatives de phishing ou courriels falsifiés, rapportés par 17 % des personnes participant au sondage. Ces violences se déploient surtout dans les espaces numériques publics — réseaux sociaux, sections de commentaires — mais aussi dans des canaux privés comme les messageries ou les e-mails. Les auteurs sont le plus souvent des inconnus.

Les journalistes ne sont pas exposé-es de la même manière. L’étude souligne que les journalistes d’investigation sont particulièrement ciblé-es, qu’il s’agisse de haine, de menaces juridiques ou d’attaques numériques. Le harcèlement sexuel affecte surtout les femmes, les plus jeunes membres de la profession et les personnes qui couvrent des thématiques politiques, sociales ou liées aux minorités.

Les conséquences de ces violences

Ces violences ont un impact direct sur le bien-être des personnes visées. Selon l’étude, le niveau de bien-être psychique des journalistes se situe en dessous de la moyenne de la population active suisse. Les agressions subies augmentent le risque de burn-out. Un chiffre particulièrement alarmant ressort: 68 % des journalistes ont déjà envisagé de quitter la profession. Les inquiétudes portent sur l’insécurité financière, la qualité du journalisme, un manque de reconnaissance ou encore la peur de perdre son emploi.

La ZHAW recommande de renforcer les dispositifs de soutien dans les rédactions, qu’ils soient juridiques, psychologiques ou organisationnels. L’équipe de recherche de l’étude insiste aussi sur la nécessité d’intégrer des modules de prévention dans la formation journalistique et de travailler à une reconnaissance publique plus forte du rôle démocratique du journalisme. L’étude s’inscrit dans le cadre du Plan d’action national pour la sécurité des journalistes, porté par l’OFCOM, qui vise à créer un environnement plus sûr et plus durable pour la profession.

Pour aller plus loin

DécadréE souligne l’importance de cette étude: cet état des lieux inquiète l’institut. Nous souhaitons également ajouter un complément, car cette étude offre peu de précisions sur les proportions de genre des personnes participant à l’étude.

En effet, bien que l’étude affirme que les femmes sont par exemple plus touchées par le harcèlement sexuel ou encore que « [les comportements hostiles visent également les] caractéristiques propres à la personne interrogée (20%; p. ex. ethnie ou genre) », l’étude n’insiste pas sur les difficultés spécifiques auxquelles les femmes ou les personnes racisées peuvent faire face dans leur quotidien de journalistes.

Nous savons que les femmes sont plus confrontées à la haine en ligne et de par ce fait, subissent plus fortement les répercussions de cette cyberviolence. Nous savons également que les journalistes racisé-es sont non-seulement sous-représenté-es en rédaction mais également plus confronté-es à du racisme quotidiennement au sein des rédactions comme dans l’espace public.

L’institut invite ainsi à compléter les résultats de l’étude de la ZHAW avec les réalités vécues par des groupes de personnes stigmatisées et victimes de discriminations au quotidien.

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