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Les médias parlent-ils des jeunes femmes ?

Les médias parlent-ils des jeunes femmes ?


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Du 4 au 5 mai, Melina, élève de 10ème année Harmos, est venue en stage d’observation chez décadréE. Nous lui avons proposé de lire les médias avec sa perspective en se posant une question: Où sont les jeunes femmes et que font-elles? 

Voici les conclusions de sa recherche. 

Analyse de la présence et des fonctions des jeunes femmes dans les médias sur les éditions papiers et instagram. 

En 2020, le GMMP (Global Media Monitoring Project) a fait une analyse des journaux papier, des journaux en ligne, des médias, tweets, émissions radios et télevisées et de plusieurs journaux suisses en comptant le nombre de femmes et d’hommes cités. Il en ressort une statistique de 28% de femmes mentionnées pour 72% d’hommes sur 1’823 personnes. A partir de ce chiffre j’ai donc fait la même analyse sur un moins grand échantillion en 2026. Je me suis donc penchée sur le nombre de jeunes femmes allant jusqu’à 30 ans environ citées dans les journaux et sites instagram du Courrier, de la Tribune de Genève et du Temps sur une durée de 4 jours allant du 1er au 4 mai. Au total j’ai répertorié 47 sources citant des jeunes femmes dont 39 dans les journaux papier et 8 sur Instagram.

Les jeunes femmes ont été classées en catégories selon la manière dont elles sont présentées:

Au total le Courrier a cité 12 jeunes femmes, la Tribune 24 et le Temps 11. Certaines catégories comportent plusieurs afiliations. 

Dans la catégorie autres on peut retrouver: 

  • 1 jeune femmes dans le domaine des religions 

  • 3 supportices 

  • 1 influenceuse 

  • 3 autrices 

  • 2 réalisatrices (dont une sité sur les journaux papier et sur instagram) 

  • 1 actrice 

  • 1 bouchère  

  • 2 jeunes femmes sans spécialités ou rôle cité.  

Dans la catégorie actrice de la vie civile nous avons aussi plusieurs spécialités : 

  • 3 conseillères d’états 

  • 1 conseillère national  

  • 1 conseillère administratives 

  • 1 commissaire 

  • 2 avocates (dont une sité sur instagram et dans les journaux papier) 

  • 1 directrice 

  • 1 membre de NO G7

  • 1 journaliste  

  • 1 écrivaine.

Nous pouvons aussi faire la différences vis à vis de la source. Soit, Instagram et les journaux papier. 

Ces chiffres nous permettent de faire diveres analyses.

Nous remarquons donc que la Tribune de Genève est le média qui ressort comme citant le plus de jeunes femmes inversement au Temps qui n’en cite que 11. Cela peut s’expliquer par un nombre inférieur d’article dans ces journaux comparé à la Tribune ou par un manque de considération envers les jeunes femmes et les sujets traitant de jeunes femmes. 

Sur le réseau social Instagram nous avons accès a bien moins d’informations pour les mêmes dates et très peu de jeunes femmes sont citées. Instagram étant une plateforme de scroll nous passons rapidement d’une informations à l’autre et le divertissement est plus primé. Les journaux ont donc choisi de donner moins d’informations dans le but de rester attractif. Ils favorisent les titres cours et des résumés abrégés n’expliquant pas la situation. Les postes se concentrent donc sur les sujets d’actualité phares dans lesquels nous remarquons peu de jeunes femmes citées autant sur papier que en ligne.  

On trouve une seule jeune femme citée dans le domaine du sport par le Temps. Le sport féminin se fait valoriser un peu plus chaque année à la télévision bien qu’il y ait encore du chemin. On peut remarquer que les journaux sont en reste sur le sujet et le Courrier et la Tribune de Genève le laisse complétement de côté. 

Les catégoies victimes ou témoins et people ont eux aussi citée peu de jeune femmes. Ce n’est pourtant pas les victimes qui manquent surtout de jeunes femmes. Alors pourquoi les médias n’en parle pas?

Les jeunes femmes sont le plus citées dans la catégorie actrice de la vie civile. Majoritairement dans des métier de conseillère (d’états, national, administratives).

Dans le monde et en Suisse, les médias abordent les violences sexistes sans perspective systémique

Dans le monde et en Suisse, les médias abordent les violences sexistes sans perspective systémique


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La couverture médiatique des violences sexistes continue à être empreinte de biais et de stéréotypes, c’est la conclusion principale du rapport The Global Misogyny News Coverage Trackers publié par l’organisation AKAS à Londres. Décryptage et comparaison. 

La couverture médiatique mondiale des violences envers les femmes est insatisfaisante. C’est la conclusion principale du rapport The Global Misogyny News Coverage Trackers de l’organisation AKAS. Le rapport prend en compte les médias anglophones dans le monde et analyse entre 2017 et 2025 plus de 1.14 billions d’articles à travers 5 méthodes différentes. 

Principales conclusions

Le rapport constate tout d’abord à travers une analyse quantitative un déficit de la couverture des violences envers les femmes. En effet, en moyenne seulement 1.6% des articles mondiaux parlent de violences envers les femmes. Il s’agit d’un grain de sable par rapport à leur proportion réelle. En effet, le rapport rappelle qu’une femme sur 9 a subi de la violence de la part d’un homme dans les 12 derniers mois. Pire encore, cette couverture médiatique diminue puisque 2025 est l’année comptant le moins d’articles sur la question, avec uniquement 1.3% des articles totaux. 

En parallèle, l’occurence des termes «gender ideology», concept développé par les mouvements «anti-genre», augmente significativement entre 2020 et 2025. «L’idéologie du genre» n’est pas une réelle théorie scientifique mais un mouvement politique religio-conservateur. Cette rhétorique est utilisé pour lutter contre les avancées sociétales comme l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les violences de genre. Son utilisation croissante montre donc la remise en question des droits acquis.

A travers une analyse qualitative des 22 articles les plus partagés, l’étude constate un manque global de perspectives systémiques et structurelles. En effet, les articles relatent fréquemment un incident isolé, et seulement 27% des articles y apportent une perspective systémique. 18% seulement mentionnent des statistiques et 14% mentionnent des ressources d’aides. 

L’étude note également que la plupart des expertises et autorités (voice of authority) mentionnées dans les articles sont masculines. Les femmes sont quant à elle reléguées au statut de victimes et de témoins. Un constat qui fait écho aux Global Media Monitoring Project’s étudiant tous les 5 ans la présence des femmes dans les médias. Le dernier GMMP (2025) avancait notamment qu’uniquement 23% des expertises rapportées par les médias (TV, radio, écrit) sont portées par des femmes.

Le traitement médiatique en Suisse romande 

En 2020 puis en 2023, décadréE publiait une étude similaire abordant la couverture médiatique des violences en Suisse romande. 

Loin de sortir de la norme, les médias suisses romands couvrent les violences sexistes avec les mêmes biais. En effet, selon notre analyse seulement 25% des articles contenaient une perspective systémique et 19% des articles mentionnaient des statistiques. Plus encore, seulement 14% des articles mentionnaient des ressources d’aide.  

Les chiffres se recoupent ainsi et montrent que le problème de la couverture médiatique des violences est mondiale. 

Annonce de restructuration de St-Paul Médias

Annonce de restructuration de St-Paul Médias


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Suite à l’annonce de restructuration du groupe de presse fribourgeois St-Paul Médias, décadréE fait part de sa désolation et se joint aux inquiétudes. Cette restructuration menace jusqu’à 18 équivalents temps plein au sein de l’entreprise d’ici pour l’année prochaine.

Un journalisme de qualité demande du temps et des ressources. Les études sur le traitement médiatique des violences sexistes montrent que le contexte de rédaction des articles influencent la qualité des contenus.

L’institut est inquiet face à cette crise que traversent les médias romands, qui menace grandement la qualité et la diversité des contenus médiatiques. Ces décisions économiques de gestion des ressources humaines fragilisent grandement la branche du journalisme et la garantie d’une information de qualité.

Cette annonce de mesure économique suit celles de restructuration de TX Group et de Tamedia en 2023, celle de ESH Médias (Le Nouvelliste, Arcinfo, la Côte, etc.) faite en début 2024, celle de TX Group/Tamedia (24 Heures, La Tribune de Genève, 20 Minutes, mais aussi le Tages Anzeiger, Des Bund et Bilan, etc.) en été 2024 ainsi que celles de de la SRF en hiver 2025,  St-Paul Médias SA (LA Liberté, La Gruyèere et la Broye Hebdo) au printemps 2025, TX Group en été 2025 et celle de la SSR en automne 2025

DécadréE au Presstival: venez à notre rencontre!

DécadréE au Presstival: venez à notre rencontre!


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Suite à une première édition très réussie en 2025, le Presstival revient en 2026! Et pour encore plus d’échanges et de perspectives, l’événement aura lieu sur deux jours: les 23 et 24 mai 2026. Nous serons présentes tout au long du week-end. 

Nous serons présentes au Presstival, festival romand dédié au journalisme, qui aura lieu au mois de mai à Bienne. L’année passée, nous vous avions proposé de venir nous rencontrer et d’échanger autour d’un stand; pour cette nouvelle édition, nous vous proposons différentes possibilités de rencontres:

Les médias façonnent notre perception du monde, mais perpétuent parfois certains biais et stéréotypes. Pour les repérer et analyser les récits des journalistes, l’IA peut être une alliée de choix. Cet atelier propose d’explorer les limites de l’utilisation de l’IA pour améliorer le traitement médiatique des violences et des inégalités.

Samedi 23 mai 2026, 10h30 – 11h30, La Cabine

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Nous proposons un moment de discussion autour des critiques que peuvent recevoir les journalistes lors du traitement des thématiques LGBTIQ+. Wokisme, subjectivité… Comment y faire face, autrement que par l’auto-censure? Quelles stratégies face à la pression de la question de rupture par exemple? Venez échanger avec nous! Et n’hésitez pas à ramener votre sandwich, c’est un lunch média.

Évènement en partenariat avec la Fédération Genevoise des associations LGBTIQ+

Samedi 23 mai, 12h00 – 13h30, La Canopée

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Les violences domestiques sont en constante augmentation en Suisse. À l’intersection d’une démarche artistique et documentaire, Brisons le silence! permet de visibiliser autrement ce problème de société. Ce projet, qui se décline en une série de sept vidéos d’animation réalisées par des artistes suisses, met en valeur des témoignages de survivant·e·s de violence au sein du couple.

Comment récolter la parole traumatique, comment la représenter? Plus largement, comment parler de ces violences?

Nouveau projet de recherche et appel à témoignages

Nouveau projet de recherche et appel à témoignages


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Décadrée lance une nouvelle recherche exploratoire fondée sur une approche intersectionnelle, portant sur l’analyse du genre et du racisme dans les médias d’actualité suisse romands.

Notre dernier rapport de recherche (2026) Genre et médias pour la médiatisation de role models féminins diversifés (1) atteste que de nombreux biais et stéréotypes persistent dans le traitement médiatique des femmes racisées.

Dans la continuité de cette recherche, décadréE ouvre un nouveau projet de recherche exploratoire fondée sur une approche intersectionnelle. L’objectif de cette recherche est d’établir un état des lieux des pratiques médiatiques concernant les femmes racisées dans les médias d’actualité suisses romands.

Pour mener à bien cette recherche, nous recherchons

  • des femmes racisées médiatisées ou ayant été médiatisées
  • des personnes et organisations expertes des questions d’intersectionnalité
  • des journalistes ayant couvert ces sujets,

en vue de réaliser des entretiens dans les prochaines semaines.

Ces entretiens, ainsi qu’une analyse des médias d’information, permettront de co-construire une grille d’analyse des sujets médiatiques et à terme la publication d’un rapport de recherche.

Nous avons conscience des risques personnels et institutionnels qu’une recherche de ce type peut représenter ; ainsi, les entretiens seront strictement confidentiels et anonymisés à la demande des participant.es.

Gabrielle Nlom, responsable du projet de recherche

Riche d’un parcours académique diversifié en droit et sciences politiques Gabrielle Nlom s’est spécialisée dans la recherche et l’analyse des dynamiques politiques et sociales concernant les personnes africaines et afrodescendantes. Ses engagements associatifs et activités créatives, l’ont poussé à approfondir sur les sujets liés aux femmes noires et racisées.

A décadréE, Gabrielle Nlom est responsable du projet sur le traitement médiatique des femmes racisées dans les médias d’actualité suisses romands.

Pour une médiatisation de role models féminins diversifiés

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Recherche exploratoire pour la médiatisation de role models féminins diversifiés

Depuis 2020, décadréE analyse la représentation des femmes dans les médias romands. Si les chiffres montrent une sous-représentation persistante, les études révèlent surtout des biais profondément ancrés, notamment dans les portraits de femmes. En comparant des articles de presses de différents domaines — politique, sport et culture — l’institut met en lumière les mécanismes qui influencent la visibilité des modèles féminins et souligne l’importance de leur médiatisation, ainsi que l’impact des réactions du public sur leur présence dans l’espace médiatique.

Les analyses médiatiques d’événements d’envergure permettent de confirmer que les journalistes et les médias soignent une représentation équitable des femmes et des hommes. En effet, lors des JO 2024, 45% de femmes ont été médiatisées pour 55% d’hommes. Dans le cas des élections cantonales genevoises de 2023, 53% de femmes et 47% d’hommes ont été représentés. presque autant de femmes que d’hommes sont mises en avant par les médias pendant ces événements. Habituellement dans les médias suisses, selon le dernier Global Monitoring Projet (GMMP, 2020), 28% des personnes médiatisées sont des femmes. Cependant, lors de la médiatisation de ces événements, des écueils se cachent par exemple dans le choix du vocabulaire ou de l’angle. Un lexique infantilisant ou essentialisant invisibilise la légitimité ou les compétences des femmes. Les compétences hors terrain, comme les détails sur la vie privée, sont privilégiées dans les portraits de presse féminins et presque absentes des portraits masculins.

Dans l’ensemble des trois veilles (politique, sport, culture), 132 portraits de presse ont été recensés. Un constat traverse les différentes analyses : les portraits et les interviews sont particulièrement sujets aux biais. En effet, si 22% des contenus analysés sont considérés comme problématiques, cela concerne 67% des portraits et 22% des interviews. Aussi, lorsque les médias dressent le portrait d’une personnalité féminine, ils ont tendance à l’infantiliser à hauteur de 80%.

Sans pouvoir établir encore de corrélation, nous observons également que plus un article est biaisé, plus les commentaires du lectorat, quand ils sont possibles, sont également méprisants, voire sexistes, racistes ou haineux. En d’autres termes, les commentaires aussi remettent en question la légitimité des femmes dans leurs carrières tandis qu’ils sont principalement reconnaissants de la carrière des hommes. Il est donc particulièrement important d’en tenir compte lors desportraits et des interviews, où la personne portraiturée sera directement visée par les commentaires en ligne.

Retrouvez l’étude complète sur notre site.

Cette recherche a été réalisée grâce aux soutiens de la fondation Passer’elles et de la Société suisse d’utilité publique.

Semaine d’actions contre le racisme 2026: les créations sonores du Lab

Semaine d’actions contre le racisme 2026: les créations sonores du Lab


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Le Lab a participé à la semaine d’actions contre le racisme 2026 organisée par la Ville de Genève. Nous avons accompagné un groupe de filles dans la construction d’un podcast et organisé un atelier de création de capsules sonores!

Découvrez les créations sonores du Lab réalisées durant la Semaine d’actions contre le racisme 2026:

Masques brisés – Capsule sonore

Erika Matos, Frederik de Knoop et Raul Carillo du projet Trait d’Union se sont retrouvé-es un dimanche pluvieux pour découvrir les bases de la création sonore et réfléchir aux questions de racisme.

C’est ainsi qu’est né Masques Brisés, un poème sonore en sept langues.

En savoir plus

 

 

Mal Lunées – Episode de podcast 

Ce podcast propose de découvrir le point de vue et l’expérience d’un groupe de filles de Genève concernées par les questions de discriminations raciales. Elles discutent notamment du port du voile au quotidien dans l’espace publique.

Prix de la communication inclusive: cérémonie le 26 mai

Prix de la communication inclusive: cérémonie le 26 mai


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Alors les communications et les publicités en Suisse peuvent-elles être inclusives?
La réponse est oui! Rendez-vous le mardi 26 mai pour le découvrir lors de la cérémonie de remise des prix de la communication inclusive.

Infos & inscriptions
Mardi 26 mai à 18h30
Tibits - Lausanne Professionel-les: 30 CHF Etudiant-es: gratuit

«Terrorisme conjugal»: bonne ou mauvaise formulation?

«Terrorisme conjugal»: bonne ou mauvaise formulation?


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Décryptage

Le terme «Terrorisme conjugal» est apparu dans la presse ces dernières semaines pour qualifier des violences sexistes au sein du couple. On décrypte pour vous cette nouvelle expression, qui a bien des égards gagnerait à être popularisée.

A retenir:

➞ L’expression “terrorisme intime ou conjugal” vient du monde académique

➞ Elle est aujourd’hui peu utilisé dans les médias

➞ Forte, elle dit la violence et l’insécurité vécue

➞ Elle permet de lier les violences domestiques avec les autres formes de violences vécues

Lorsque l’on parle des violences sexistes, et notamment des violences au sein du couple, le choix des termes est important. On sait maintenant que les termes «drame passionnel» ou encore «drame familial» sont à proscrire. Le terme drame pour son lien avec la tragédie impossible à prévenir ou éviter et les termes «passionnel» et «familial» pour l’invisibilisation des auteurs, voire la déresponsabilisation qu’ils induisent.

Les termes féminicides, violences domestiques ou encore violences au sein du couple décrivent quant à eux mieux la réalité. Mais que penser de l’expression «terrorisme conjugal»?

Retour historique

Selon nos recherches, l’expression est née dans le monde académique. L’usage du terme terrorisme pour parler de violences sexistes est notamment présente dans le travail du sociologue Michael Johnson en 1995 dans son article «Patriarchal terrorism and common couple violence: Two forms of violence against women» (1),  puis reprise et précisée en 2008 dans son livre A typology of domestic violence : Intimate terrorism.

L’auteur y différencie 3 formes de violences. Simon Lapierre et Isabelle Côté les traduisent en français dans leur articles «Typologie de la violence conjugale de Johnson: quand une contribution proféministe risque d’être récupérée par le discours masculiniste et antiféministe» (2014) (2)  comme suit:

  • Le terrorisme intime (que l’on pourrait définir comme des violences sexistes au sein du couple n.d.l.r)
  • La résistance violente (que l’on pourrait aussi nommer violences réactionnelles, ou légitime défense n.d.l.r)
  • La violence de couple situationnelle (que l’on pourrait aussi nommer violences symétriques et qui apparait lorsque un conflit dégènère en violence n.d.l.r)

Johnson note que les auteurs de terrorisme intime sont majoritairement des hommes. Il note également que le terrorisme intime est le type de violence au sein du couple majoritairement pris en charge par les centres d’aides ainsi que la justice. De plus, les féminicides sont en majorité l’aboutissement d’une situation de terrorisme intime.

Avec sa typologie, Johnson différencie ainsi la violence qui nait dans la relation de couple et la violence qui prend racine dans les inégalités sociétales et systémiques.

Cette typologie continue à être travaillée aujourd’hui dans le monde académique, mais aussi par les structures de terrain. Ainsi on retrouve une distinction entre «violence» et «dispute» dans le livret «Violences, le choix des possibles» (3) publié par le centre LAVI et l’association AVVEC (anciennement Solidarité femmes*).

Sa présence dans la presse d’actualité

Si la formule est apparue dans notre veille médiatique, elle est encore très peu utilisée. Nous avons effectué une recherche par mots clefs sur la plateforme Swissdox (du 4 mars 1990 au 4 mars 2026) auprès des grands médias romands, puis sur la plateformes Archives.ch (sans limite de temps).

En tout, l’expression apparait 3 fois:

  • Un article du Blick en 2026,
  • un article du Nouvelliste en 2001 portant sur une manifestation espagnole et
  • un article du Nouvelliste de 1968 portant sur un film

Dans les deux premiers cas, le terrorisme conjugal décrit bien des violences au sein du couple. Dans le troisième, il s’agit au contraire d’un usage inverse, puisqu’il semble que l’expression désigne le comportement d’une femme envers un homme souhaitant paresser et non aider aux tâches domestiques.

Le terrorisme: intime et collectif

Reste à analyser les sens cachés de cette expression.

Le Larousse définit le terrorisme comme suit «Ensemble d’actes de violence (attentats, prises d’otages, etc.) commis  par une organisation ou un individu pour créer un climat d’insécurité,  pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à  l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système.»

Plusieurs éléments peuvent être retenus dans cette définition:

  • «l’ensemble d’actes de violence» qui renvoit aux notions de continuum, d’icerberg ou encore d’escalade de la violence pertinentes dans le cadre des violences sexistes
  • la notion de «climat d’insécurité» qui concorde avec le contrôle coercitif (4) de plus en plus présente dans les débats parlementaires en Suisse.

L’usage du mot «terrorisme», en parlant des violences sexistes, ne se limite pas à la formule «terrorisme conjugal». En effet, de nombreux actes reconnus comme terroristes sont perpétrés sous l’égide de l’idéologie masculiniste.

La journaliste française Pauline Ferrari rappelle d’ailleurs dans son livre Formés à la haine des femmes, comment les masculinistes infiltrent les réseaux sociaux (2025) que les attentats masculinistes sont nombreux. En Suisse, le premier attentat masculiniste reconnu a eu lieu en 2020. Un homme a délibérément roulé en voiture contre deux femmes à vélo.

Dans ces cas, parler de terrorisme, c’est reconnaitre que derrière les masculinistes se cachent une véritable idéologie qui se fonde sur les inégalités. C’est aussi reconnaitre que ces actes non seulement promeuvent cette idéologie, mais sèment également la peur.

Le continuum féminicidaire

Ces violences, qu’elles aient lieu dans la sphère collective ou privée, induisent des meurtres, que l’on peut qualifier de féminicides.

Dans sa classification, l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime distingue plusieurs catégories de féminicide dont un meurtre suite à de la violence conjugale, une torture ou un massacre misogyne ou encore d’autres meurtres sexistes associés aux gangs ou au crime organisé (5). En résumé, les féminicides peuvent être intimes, familiaux, communautaires mais aussi sociétaux.

Certes, les violences au sein du couple ne répondent pas quant à elles entièrement à la définition du terrorisme. On ne peut effectivement pas affirmer que les auteurs revendiquent une idéologie. Cependant, leurs comportements prennent racine dans les inégalités. Une chose reconnue par l’OMS, mais aussi le Conseil de l’Europe.

Parler de terrorisme conjugal ou intime, c’est donc visibiliser le lien qui existe entre les violences et les meurtres dans l’espace domestique, public et professionnel. Dans ce cadre, Christelle Taraud, chercheuse et directrice de l’ouvrage collectif, Féminicide, une histoire mondiale (2022) parle de continuum féminicidaire. Cette notion fait écho à la notion de continuum des violences sexuelles développé dans les années 80 notamment par la chercheuse Liz Kelly.

L’usage du terme continuum permet de lier les différentes formes de violences vécues par les femmes de la plus fréquente à la moins fréquente. Il ne s’agit ainsi pas de hiérarchiser, mais bien d’appréhender à la fois les comportements courants ou «ordinaires», des comportements peu fréquents ou «extraordinaires».

En résumé, sur bien des points l’usage de l’expression «terrorisme conjugale» ou «terrorisme intime» fait sens lorsque l’on parle de violences au sein du couple. Elle permet notamment de distinguer les violences sexistes des violences situationnelles dans le couple et de positionner les violences vécues au sein de l’espace domestique dans des systèmes plus large au multiples conséquences.

POUR ALLER PLUS LOIN

(1) https://www.jstor.org/stable/353683 

(2) https://revueintervention.org/wpcontent/uploads/2020/05/la_typologie_lapierre_et_all.pdf

(3) https://centrelavi-ge.ch/wp-content/uploads/2018/09/violence_conjugale_le_choix_des_possibles_2015.pdf

(4) Mise en place d’une emprise mêlant actes de contrôles et actes de coercitions au sein de la relation. Pour en savoir plus: Le contrôle coercitif: une approche renouvelée de la violence intra-familiale.

(5)https://www.unodc.org/unodc/fr/ngos/DCN5-Symposium-on-femicide-a-global-issue-that-demands-action.html

DécadréE travaille sur le traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles depuis 2018. Dans le cadre de cette recherche nous avons élaboré un livret de recommandations pour un traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles adéquats.

Télécharger le livret de recommandations générales ➞

LGBTphobies dans les médias: émission radio

LGBTphobies dans les médias: émission radio sur radio BLV


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En décembre dernier, décadréE a été invité à participer à une émission radio par la radio BLV.

Comment les personnes LGBTQIA+ sont traités dans les médias ? Comment prévenir et se défendre de traitements médiatiques enfermants ? Regards croisés entre France, Belgique francophone et Suisse romande.

Toutes ces questions ont été abordées avec un regard international et vous pouvez réécouter cette émission:

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