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Mal nommer: les violences dans les lignes des médias

Mal nommer: les violences dans les lignes des médias


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Mal nommer : les violences dans les lignes des médias

DécadréE a publié un article scientifique « Mal nommer : les violences dans les lignes des médias » dans la revue Recherches en communication.

Le volume 57 de la revue Recherches en communication a pour titre : « Ces violences systémiques qui nous échappent : les identifier, les qualifier, les dénoncer », un dossier dirigé par Lucie Raymond (Institut Catholique de Paris), Michaël Bourgatte (Université de Lorraine), Bérénice Mariau (Institut Catholique de Paris) et Gaëlle Rony (Institut Catholique de Paris).

Grâce à ces recherches sur le traitement médiatique des violences sexistes et des thématiques LGBTIQ+, décadréE a proposé un article scientifique portant sur l’aspect systémique des violences dans les médias, et non pas sur la seule responsabilité des journalistes.

L’article en entier ainsi que tous les autres articles parus dans ce numéro sont disponibles gratuitement en ligne.

Résumé

Les médias ont des responsabilités vis-à-vis du lectorat, en participant à constituer l’opinion publique. Ils influencent nos représentations et sont une source importante d’information. Cet article présente la manière dont les médias peuvent réaffirmer des violences, lors de leur traitement des violences sexistes et des thématiques LGBTIQ+, par l’utilisation de certains termes, la confusion de thématiques, la diffusion d’informations imprécises ou encore l’adhésion à des lignes éditoriales sensationnalistes. En s’attardant sur plusieurs recherches, il montre en quoi considérer ces violences comme des violences systémiques permet d’étudier de nouvelles pistes d’actions dans une perspective de changement des médias et de réduction des violences.

DécadréE travaille sur le traitement médiatique des violences sexistes depuis bientôt 10 ans, à travers une veille médiatique, la co-construction d’outils pour les journalistes et des formations. Ce projet est soutenu par la Ville de Genève, le Canton de Vaud, l’Office cantonal de l’égalité et de la famille de l’Etat du Valais, le Bureau fédéral de l’égalité et des fondations privées.

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Depuis fin 2020, décadréE travaille aussi sur le traitement médiatique des thématiques LGBTIQ+ avec une veille de 22 médias romands, la co-création d’outils et divers ateliers de sensibilisation. Ce projet est co-porté avec la Fédération genevoise des associations LGBTIQ+ et soutenu par la Ville de Genève, l’Office cantonal de l’égalité et de la famille de l’Etat du Valais, le LGBTI Youth Fund et des fondations privées.

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Le traitement médiatique de la journée internationale du souvenir trans*

Le traitement médiatique de la journée internationale du souvenir trans*


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Décryptage

La journée internationale du souvenir trans* a lieu chaque année le 20 novembre. Les prémisses de cette journée ont eu lieu pour la première fois en 1999, en mémoire de Rita Hester, tuée le 28 novembre 1998 parce qu’elle était trans. Cette journée commémore les personnes trans décédées suite à des discriminations transphobes et rappelle les violences subies par cette communauté.

Personne qui ne se reconnaît pas, ou pas totalement, dans le genre assigné à la naissance. Ce terme regroupe un grand nombre de réalités, dont:

  • Femme trans*: une femme qui a été assignée au genre masculin à la naissance mais dont le genre est féminin. On parle d’elle au féminin.
  • Homme trans*: un homme qui a été assigné au genre féminin à la naissance mais dont le genre est masculin. On parle de lui au masculin.
  • Personne non-binaire: les personnes non-binaires ne sont ni exclusivement homme, ni exclusivement femme, mais peuvent être entre les deux, un genre au delà du féminin et du masculin, un « mélange » de genres ou aucun genre.

Une personne dont le genre est en adéquation totalement avec le genre assigné à la naissance est une personne cisgenre.

Contexte

Dans plusieurs villes de Suisse, des veillées ont lieu chaque année pour la journée internationale du souvenir trans* (20 novembre).

Pourtant, notre veille médiatique montre assez peu d’articles publiés sur cette actualité. Entre le 1er novembre 2020 et le 24 novembre 2025, dix articles de presse ont été publiés, sur cinq événements différents :

  • un en 2020
  • six en 2022
  • un en 2024
  • deux en 2025.

L’article de 2020 parle de la sortie du livre TRANS* qui met en lumière 46 personnes trans ainsi que leurs parcours. Les six articles de 2022 sont sur une fusillade aux Etats-Unis dans un club qui commémorait justement la journée du souvenir trans. L’article de 2024 fait référence à une veillée pour le souvenir trans à Lausanne. Enfin, les articles de 2025 parlent pour l’un d’une veillée à Fribourg, et pour l’autre de l’organisation d’une “Journée des vies trans et non-binaires” à Genève, faisant suite à la journée du souvenir trans.

Analyse

Tout d’abord, ce corpus nous indique que la journée du souvenir trans* est très peu mise en avant dans les médias romands. La journée en soit n’est pas vue comme une actualité suffisante pour être présentée dans les médias, il en va de même pour les veillées organisées. Deux articles en parlent, dont l’un des deux indiquent clairement la nouveauté et donc l’aspect exceptionnel avec “Première à Fribourg” dans le titre.

Il est à noter que l’année où le plus d’articles a été publié est 2022, en lien avec une fusillade aux Etats-Unis. Ces articles sont signés ATS et/ou AFP, mais ont été repris par plusieurs médias. Un peu plus de la moitié du corpus se concentre donc sur une actualité non locale, et particulièrement violente.

Sur les quatre articles qui s’intéressent à une actualité locale, deux définissent précisément et historiquement ce qu’est la journée du souvenir trans. Cela permet d’ancrer cette actualité à l’internationale, ainsi que de montrer l’aspect sociétal et historique des discriminations transphobes. Un seul des articles sur l’actualité états-unienne donne des détails sur ce qu’est la journée du souvenir trans. Les autres mettent la fusillade de 2022 en parallèle avec un autre attentat dans un club gay d’Orlando en 2016. Néanmoins, les dix articles montrent, étant donné l’angle de la journée, que la transphobie existe et tue.

Les articles sur les actualités locales permettent surtout de mettre en avant des personnes concernées et/ou de donner la parole aux associations expertes LGBTIQ+. Ces représentations incarnées améliorent la connaissance et compréhension des thématiques LGBTIQ+ pour le grand public.

Ainsi, nous remarquons une faible visibilité pour cette journée dans les médias romands. Néanmoins, les articles analysés offrent un traitement médiatique adéquat des questions trans.

Pour en savoir plus sur les questions trans et non-binaires, téléchargez notre fiche thématique.

Articles analysés pour ce décryptage :

DécadréE travaille sur le traitement médiatique des thématiques LGBTIQ+ depuis fin 2020 et fait une veille de 22 médias romands. Nous avons pris des exemples parlant, sans volonté de pointer une rédaction (ou des journalistes) plus qu’une autre. Nous souhaitons montrer les améliorations possibles sur ces questions et nous proposons des outils concrets pour aider les journalistes. Nous proposons par exemple un lexique et un livret de recommandations sur les questions LGBTIQ+.

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Le travail de veille médiatique des thématiques LGBTIQ+ de décadréE est soutenu par l’Office cantonal de l’égalité et de la famille de l’Etat du Valais, la Ville de Genève et le LGBTI Youth Fund.

LA COUVERTURE MÉDIATIQUE DU FESTIVAL LES CRÉATIVES

LA COUVERTURE MÉDIATIQUE DU FESTIVAL LES CRÉATIVES


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Aujourd’hui, de nombreuses recherches prouvent que le rôle des modèles (role-models) tient une place primordiale dans les choix de carrières féminines et que leur médiatisation a un véritable impact positif. Pourtant, les femmes dans les médias ne représentent même pas un tiers des personnes médiatisées (GMMP, 2020)[1]. L’institut décadréE participe ainsi à documenter la recherche sur les représentations genrées et différenciées entre les femmes et les hommes dans les médias, avec des exemples suisses romands. Après des analyses sur les représentations des figures politiques, puis des masculinités dans les portraits de presse, décadréE se penche également sur les représentations des femmes des pages culturelles : le cas du festival Les Créatives.

L’Association « Les Créatives » a pour but principal la promotion des femmes et des minorités de genre dans les milieux culturels et artistiques. Il organise chaque année un festival à Genève et dans sa région et contribue à la mise en documentation des déséquilibres et la mise en lumière de la sous-représentation des femmes et des minorités de genre dans le domaine culturel.

L’institut décadréE a recensé 64 contenus qui font mention du festival Les Créatives pour comprendre comment s’articulent les représentations médiatiques d’une manifestation qui lutte contre l’invisibilisation des femmes artistes dans les programmations culturelles. Les contenus couvrent respectivement la première édition de 2005, les éditions de 2017 et 2018 qui ont été largement relayées par la presse, et l’avant-dernière édition de 2024.

Vers une amélioration des représentations

Dans cette étude, 22% des contenus analysés reproduisent des biais sexistes de manière problématique, c’est-à-dire que plus de quatre biais y sont recensés. Si les écueils sont aujourd’hui rarement volontaires, décadréE remarque d’une part qu’ils concernent essentiellement les portraits de presse et, d’autre part, qu’ils dénotent également d’une forme d’inadéquation et/ou d’ignorance pour les questions d’égalité de la part des journalistes.

En effet, décadréE observe que les biais les plus recensés sont l’usage d’un vocabulaire stéréotypé qui, par exemple, contribue à l’essentialisation des artistes. Puis l’effet mentor, soit l’attribution des mérites professionnels à des hommes, est également récurrent dans les contenus médias. Enfin, les femmes sont largement infantilisées renforçant l’impression qu’elles ne peuvent prétendre à la maturité professionnelle quelle que soit l’avancée de leur carrière.

Concernant l’inadéquation et/ou l’ignorance, il s’agit surtout de l’usage inapproprié de termes ou de remarques sur la légitimité de l’événement, générant parfois un sentiment de mépris à la lecture. Déjà en 2005, un article titre « Toutes en scène pour un vrai festival ». L’usage du terme « vrai » semble questionner la légitimité du festival car seules des femmes y sont programmées. Puis, le premier paragraphe de ce même article insiste sur le fait que ce « festival inédit  [..] n’hésite pas à trahir son genre », comme si un événement sans homme ne peut vraisemblablement pas être envisageable tant la présence de la gent masculine présuppose être l’unique garante de qualité et de légitimité. Autre exemple : en 2018, le terme « sexe » est utilisé en lieu et place de « genre » notamment dans le titre[2]. Pourtant l’article parle bien des inégalités de genre rencontrées dans l’espace public, des discriminations thématisées par le festival.

Au total, 22% des contenus analysés reproduisent des biais sexistes de manière problématiques. En 2024, seuls 15% des contenus reproduisent du sexisme de manière problématique contre 31% en 2017. Si cette analyse permet de mettre en lumière une réelle et significative amélioration du traitement médiatique de l’événement, elle souligne par ailleurs que l’écriture des portraits de presse reproduisent toujours les même réflexes : la focalisation sur la présupposée essence féminine contribuant ainsi à véhiculer des stéréotypes de genre et du sexisme.

Du sensationnel au male gaze

Faire attention aux représentations médiatiques des femmes permet de créer de nouveaux modèles. Les médias ont une responsabilité dans la perception et l’évolution des représentations collectives. Dans une perspective réflexive pour créer de nouveaux modèles, la dénonciation de ces écueils contribue à prendre conscience de leur persistance dans nos représentations mais également à constater du chemin parcouru. Voici donc les principaux biais, par thème, qui ont été observés dans l’analyse du traitement médiatique de l’événement.

Essentialisation des compétences

Schématiquement dans les représentations médiatiques, les femmes sont définies au travers d’une potentielle essence féminine. Les adjectifs « douce », « timide » et « passionnée » reviennent à plusieurs reprises.

Infantilisation

Un vocabulaire infantilisant, comme l’usage du prénom, des termes « fille » ou « jeune » -sans caractère objectif- questionne la maturité des femmes et les maintient dans l’adolescence de leur carrière. A cela s’ajoute un effet mentor, soit la mention d’acteur masculin comme un élément indispensable de l’avancée de leur carrière. Elles ne sont pas actrices de leur succès sinon le doivent à des « mentors ».

Décrédibilisation des manifestations pour l’égalité de genre

L’usage de termes inappropriés ou de formulations ironiques renforce un sentiment de mépris et d’ignorance concernant les questions d’égalité et plus spécifiquement de l’invisibilisation des femmes dans les milieux culturels. Ces usages s’additionnent même à trois reprises et reproduisent de la culture du viol.

Sensationnalisme de Cli-Cli

Une quarantaine de contenus est retenue pour l’analyse de 2018, soit trois fois plus qu’en 2017 et qu’en 2024. Plus d’un quart de ce contenu de 2018 thématise le «plaisir féminin», le «clitoris» ou bien encore la «sexualité». Malgré l’invisibilisation médiatique des femmes et la grande absence des femmes dans les programmation des festivals[3], l’édition 2018 du festival bénéficie d’une large médiatisation qu’elle doit certainement à l’effet sensationnaliste du clitoris géant et gonflable appelé « Cli-Cli » qui inaugure l’événement. En d’autres termes, le clitoris s’est porté en étendard jusque dans la presse internationale, en raison de critères érotisants.

Les éditions 2017 et 2018 des Créatives sont marquées par une couverture médiatique conséquente par rapport aux éditions précédentes. Pour rappel du contexte de l’époque, les médias commencent en 2017 à relayer les dénonciations portées par différents mouvements sociaux, l’affaire de la Manada en Espagne, #NousToutes en France et #metoo dans les pays anglophones, qui encouragent la prise de parole des femmes pour dénoncer les agressions sexuelles, les viols et, plus généralement, pour lutter contre la culture du viol. Déjà en 2012, le collectif Slutwalk Suisse, dénonce les violences faites aux femmes, le slutshaming et le victim blaming. À l’image des premiers mouvements de protestations de 2011 au Canada, le collectif organise des marches dans l’espace public. Rapidement, Slutwalk Suisse dénonce également un traitement médiatique biaisé des ses marches, notamment en raison de la focalisation sur les femmes dénudées qui participent aux manifestations.

Or en 2018, le festival des Créatives organise une marche la veille de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, journée qui a lieu le 25 novembre. Ce même jour, d’autres marches contre les violences faites aux femmes sont organisées dans le monde. Le média suisse Le Temps revient sur cette manifestation et la décrypte au regard de l’actualité. Il écrit dans une opinion que « 50 000 personnes ont défilé en France contre les violences faites aux femmes, [qu’]elles étaient plus de 3 000 en Suisse et des milliers ailleurs dans le monde ». Le média fait avant tout le constat que les médias ne relaient que faiblement les dénonciations et les manifestations contre les violences faites aux femmes car ils consacrent la majorité de leur actualité sur celles des Gilets jaunes qui avaient par ailleurs réuni en ce 24 novembre bien moins de participant-es.

« A l’instar de nombreux autres journaux, Le Temps n’a pas relayé la manifestation en direct. Seul le manifeste du collectif décadréE est paru lundi dans les pages dédiées aux contributions externes.
 A Paris, la marche a rassemblé plus de 12 000 personnes, davantage que les « gilets jaunes », qui, eux, étaient environ 8 000. Pourtant, les journaux télévisés de TF1 et France 2 n’ont consacré qu’une minute de sujet à la mobilisation. »[4]

Le propos de cette opinion dénonce le déséquilibre médiatique de deux luttes, sans les hiérarchiser. Sans non plus opposer les revendications, il permet de mettre en lumière l’invisibilisation des problématiques et des enjeux pour l’égalité, voire une certaine forme de mépris pour les questions féministes.

Ou serait-ce simplement du male gaze ? Un concept de sciences sociales qui désigne la manière dont le regard des hommes cisgenres hétérosexuels s’approprie et sexualise le corps féminin. Si la dénonciation des violences n’a rien de sexuelle, on peut présupposé par ailleurs que l’effet sensationnaliste du Cli-cli repose sur la matérialisation du plaisir féminin : le clitoris. Son format géant joue par ailleurs sur l’effet sensationnaliste repris par les médias.

Si tous les mouvements sociaux font face à des enjeux de classe, ils sont aussi en proie au discours hégémoniques médiatiques[5]. Les mouvements féministes et les luttes pour l’égalité ne sont pas épargnées : elles sont soit ignorées soit sexualisées (male gaze) à l’instar du traitement médiatique des marches des salopes (Slutwalk)[6]. Sans compter que les femmes sont, pendant les deux premières décennies des années 2000, encore largement minoritaires dans les rédactions. Or ce sont elles qui majoritairement remettent en questions les stéréotypes[7], et c’est encore le cas aujourd’hui.

De féminines à féministes

Les éditions 2017 et 2018 sont des années charnières pour le festival : d’une part en raison des actualités nationales et internationale qui amèneront en Suisse les conditions favorables aux manifestations du 14 juin 2019, d’autre part en raison du positionnement du festival qui s’inscrit dans une démarche avouée publiquement féministe. Après avoir été nommé pendant une douzaine d’années le festival, Les Créatives, il s’affiche en 2017 comme Les Créatives, festival national féminin et féministe puis, en 2018, comme Les Créatives, festival pluridisciplinaire féminin + féministe (pour devenir dès 2020 Les Créatives, festival artistique et féministe). Si ces deux éditions de 2017 et 2018 rencontrent une médiatisation conséquente, elles ne sont pas dénuées d’écueils. Les principaux biais sexistes recensés démontrent que les femmes sont toujours essentialisées et que les fondements féministes défendus par le festival sont remis en questions ou décrédibilisés.

Au travers de cette recherche exploratoire, décadréE a analysé un panel d’articles traitant des Créatives en 2017 et 2018, puis l’a comparé avec des articles de 2024 ainsi que deux contenus de 2005, l’année de la première édition du festival.

Cette étude démontre que les portraits des femmes artistes sont toujours essentialisés et que si aujourd’hui la légitimité du festival ne semble plus faire débat par la presse, non seulement il n’en était pas ainsi il y a sept ans mais encore les quelques commentaires laissés sur les plateformes des médias l’année dernière présupposent de la résistance contre la manifestation qui lutte contre le sexisme et les inégalités de représentation dans les milieux culturels.

Déjà lors de la 1ère édition, la presse questionne la légitimité du festival. Comme il se démarque par une programmation exclusivement féminine, un article insiste qu’il s’agit d’« un vrai festival ». En 2017, on nous précise que « les femmes […] possèdent réellement ces qualités » rappelant que la présence du festival ou de telle artiste n’est pas encore acquise. En 2018, c’est une remarque pour le lectorat, au cas où il ne saurait pas qu’« on vise l’inclusion, comme on dit désormais ». Toujours en 2018, dans un article qui revient sur la marche contre les violences organisée par le festival, le parallèle avec l’agression physique de cinq femmes à Genève est qualifié de « nuance » et le harcèlement de rue, de « petites phrases vexatoires ». Concernant la programmation musical, lors d’une interview, une artiste qui se produit au festival faite mention de comportements paternalistes pendant le montage et le démontage. A cela la journaliste réplique que «C’était une sorte de drague, pensez-y la prochaine fois!». Précisons que ces propos perpétuent la culture du viol car ils banalisent voire nient la violence[8].

Enfin, toujours en 2024, la qualité des débats sur les plateformes de commentaires rappellent malheureusement que cette légitimité n’est pas acquise. Un commentaire déclare que « l’équipe opérationnelle est composée d’incompétent (e x y z) ». L’usage volontairement erroné de l’écriture inclusive accentue le mépris, le sexisme et l’enbyphobie[9].Un autre commentaire demande rhétoriquement si « les hommes peuvent venir » et un dernier déclare l’événement « sectaire ». Cela n’est pas sans rappeler que malheureusement le traitement médiatique des manifestations pour l’égalité de genre est un sujet clivant. Il génère des commentaires toxiques et haineux qui nuisent aux débats et banalisent le sexisme.

 

Bien que le traitement médiatique de l’événement se soit amélioré au cours des années, l’étude a montré que certains biais de genre persistent tels que l’essentialisation, l’infantilisation et l’attribution des mérites professionnels des femmes à des hommes, en particulier dans les portraits de presse et les interviews. Ces écueils se retrouvent également dans des portraits de différentes rubriques et ne sont pas exclusivement réservés aux portraits culturels.

Cette étude est possible grâce au soutien de La Société suisse d’utilité publique (SSUP)

Ce décryptage est un complément au podcast de Radio Vostok sur l’histoire des Créatives, dans lequel intervient décadréE.

Pour aller plus loin concernant les représentions de genre dans les portraits de presse, nous vous invitons aussi à découvrir la nouvelle étude de décadréE, publiée en octobre 2025, sur les masculinités dans les médias. Elle analyse 235 portraits de presse sous l’angle des masculinités, en regardant le type d’adjectifs et de descriptions majoritairement utilisé. Les résultats montrent quels types de masculinités sont misent en avant par la presse.

 

Aller plus loin :

https://decadree.com/2025/10/09/nouvelles-etudes-comment-les-medias-les-journalistes-et-les-publicitaires-faconnent-les-masculinites/

EN SAVOIR PLUS

[1] WHO MAKES THE NEWS (WMTN) , 2020. Global Media Monitoring Project (GMMP) 2020 Report. Suisse, Résumé analytique.

[2] Le sexe fait référence aux caractéristiques biologiques tandis que le genre se réfère aux différences socialement construites entre le féminin et le masculin. Pour aller plus loin, voir le Lexique LGBTIQ+, outil de formation pour les médias développés par décadréE et la Fédération Genevoise des Associations LGBTIQ+.
En ligne : https://decadree.com/wp-content/uploads/2025/07/Lexique_LGBTIQ_Federation_decadreE_2022.pdf

[3] Encore aujourd’hui, les études démontrent que seulement 17 % des artistes programmé-e-xs sur scène en Suisse sont des femmes en 2025.

ZIMMERMANN Andrea (sous la dir.), 2021. « Les relations de genre dans le secteur culturel suisse. Une analyse qualitative et quantitative axée sur les acteur·trice·s culturel·le·s, les institutions culturelles et les associations », Zentrum Gender Studies, Universität Basel, Bâle.

En ligne : https://genderstudies.philhist.unibas.ch/de/forschung/aktuelle-forschungsprojekte/geschlechterverhaeltnisse-im-schweizer-kulturbetrieb/

[4] REVELLO Sylvia, « #NousToutes : la vague violette déferle dans l’indifférence ». Le Temps, 26 novembre 2018.

[5] TÉVANIAN Pierre et TISSOT Sylvie, 2010. « La langue des médias, pourquoi la critiquer, comment la critiquer ? », Mouvements, 2010/1 n° 61, p. 45-59.

[6] DURRER Sylvie, 2000. « La presse romande est-elle sexiste? Oui! », Bulletin suisse de linguistique appliquée, No 72, Institut de linguistique, Université de Neuchâtel, pp.107-121.

[7] DURRER Sylvie, JUFER Nicole et PAHUD Stéphanie, 2009. « La place des femmes et des hommes dans la presse écrite généraliste de Suisse romande des années 80 à nos jours », Zurich et Genève, Éditions Seismo.

[8] L’étude sur le traitement médiatique des violences sexistes de décadréE de 2023 alerte sur le fait qu’un article toutes les deux semaines perpétue encore la culture du viol.

En ligne : https://decadree.com/wp-content/uploads/2023/11/2023_Rapport_ViolenceSexistes_NV-1.pdf

[9] L’enbyphobie désigne la discrimination envers les personnes non-binaires.

La diffusion médiatique de la décision de la Cour suprême britannique sur le genre

La diffusion médiatique de la décision de la Cour suprême britannique sur le genre


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Décryptage

Suite au relai dans les médias suisses romands de la décision de la Cour suprême britannique sur le genre et sa définition, nous proposons un décryptage pour voir comment les journalistes traitent de cette actualité.

Tout d’abord, nous proposons des définitions des termes utilisés.

Le sexe fait référence aux caractéristiques biologiques (gonades, organes génitaux, chromosomes, hormones) qui peuvent être différentes selon les personnes et qui sont traditionnellement regroupées et classées selon deux catégories mâle ou femelle, alors qu’il y a davantage de diversité et de variations que ces deux groupes distincts (cf. les personnes intersexuées).

Le genre se réfère aux différences socialement construites entre le féminin et le masculin. Elles sont acquises et dépendantes d’une société donnée, dans un temps donné. Lors de la naissance, et selon les caractéristiques sexuelles visibles, chaque enfant sera rangé dans une catégorie, à savoir mâle ou femelle.
Selon cette assignation, le genre de la personne sera supposé:

  • femelle → fille/femme
  • ou mâle → garçon/homme.

Du genre découle ensuite des normes et attentes sociales distinctes, ce sont les rôles de genre.

Personne qui ne se reconnaît pas, ou pas totalement, dans le genre assigné à la naissance. Ce terme regroupe un grand nombre de réalités, dont:

  • Femme trans*: une femme qui a été assignée au genre masculin à la naissance mais dont le genre est féminin. On parle d’elle au féminin.
  • Homme trans*: un homme qui a été assigné au genre féminin à la naissance mais dont le genre est masculin. On parle de lui au masculin.
  • Personne non-binaire: les personnes non-binaires ne sont ni exclusivement homme, ni exclusivement femme, mais peuvent être entre les deux, un genre au delà du féminin et du masculin, un « mélange » de genres ou aucun genre.

Une personne dont le genre est en adéquation totalement avec le genre assigné à la naissance est une personne cisgenre.

Contexte
En avril 2025, la Cour suprême britannique décide de la primauté du sexe biologique sur le genre dans les espaces non-mixtes. Bien que les répercussions dans les faits ne soient pas encore toutes connues, les premières conclusions montrent que les personnes trans* ne pourront plus utiliser les toilettes de leur genre (cela signifie qu’une femme trans ne pourra plus utiliser les toilettes des femmes), ni les vestiaires, ni les centres d’accueil pour victimes de violences domestiques par exemple.

Avant même la décision rendue, le fait que la Cour suprême britannique allait se pencher sur cette question était présent dans les médias. Cette affaire est médiatisée pour sa portée, son sujet qui fait régulièrement l’actualité (la transidentité), mais également car l’autrice internationalement connue JK Rowling soutient financièrement « For Women Scotland », un collectif a l’origine du mouvement qui a demandé à la Cour suprême britannique de rendre une décision sur cette question.

Ainsi, la décision de la Cour suprême dit que l’égalité est liée au sexe biologique et non pas au genre. Les médias reprennent ces termes là. Nous proposons de discuter de l’éventuelle confusion que cela peut amener pour le lectorat.

Médiatisation et analyse
La médiatisation en Suisse romande connaît deux moments: le jour de la décision de la cour suprême britannique (et les suivants) où la décision est actée et transmise; puis à chaque décision de fédération ou institution qui modifie son règlement pour y inclure la décision.

Dans le premier moment, les précédentes décisions juridiques qui ont mené à ce moment sont explicitées (par exemple en Ecosse), le soutien de JK Rowling est cité et la décision est mise en avant majoritairement à travers le discours rapporté direct des juges et des membres de « For Woman Scotland ». Le discours rapport direct confère une importance aux propos. Les personnes et associations trans ont peu la parole, ou avec un discours rapporté indirect.

Dans le deuxième moment, après la décision, et qui continuera encore ces prochaines semaines en fonction des modifications réglementaires (d’associations de sport, d’université, etc.), l’accent est plus mis sur les conséquences. Plus régulièrement des personnes trans et des associations spécialisées s’expriment. Cela est important pour se rendre compte de l’impact réel et quotidien sur des personnes.

Dans plusieurs articles, il y a également des paroles de personnalités politiques ou d’organisations dont les valeurs sont proches de « For Woman Scotland » qui sont rapportées directement. Dans le cadre du discours rapporté direct des organisations, cela amène de la confusion à la lecture, car elles utilisent le terme « hommes » pour désigner les femmes trans. Il n’est donc plus clair de qui il est question.

Les médias n’accompagnent pas ces termes avec des explications, ce qui peut perdre le lectorat en plus de lui donner des informations incorrectes.

Avec les personnalités politiques, il est parfois précisé « hommes biologiques » après le terme « femmes trans », ce qui est également inadéquat. Ce que ce terme recouvre n’est pas clair, car chaque être humain est biologique et la définition du sexe dépend de plusieurs caractéristiques biologiques (organes génitaux, chromosomes, hormones, etc).

Il sera plus adéquat de parler des définitions qui parlent de genre (ressenti) et de sexe/genre assigné à la naissance et de potentielles divergences entre les deux.

Enfin, les absences notables dans les médias sont les hommes trans et les personnes non-binaires (un seul article les mentionne), alors que la décision de la Cour suprême britannique semble également les inclure.

DécadréE travaille sur le traitement médiatique des thématiques LGBTIQ+ depuis fin 2020 et fait une veille de 19 médias romands. Nous avons pris des exemples parlant, sans volonté de pointer une rédaction (ou des journalistes) plus qu’une autre. Nous souhaitons montrer les améliorations possibles sur ces questions et nous proposons des outils concrets pour aider les journalistes. Nous proposons par exemple un lexique et un livret de recommandations sur les questions LGBTIQ+.

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Le travail de veille médiatique des thématiques LGBTIQ+ de décadréE est soutenu par l’Office cantonal de l’égalité et de la famille de l’Etat du Valais, la Ville de Genève et le LGBTI Youth Fund.

Décryptage – Le traitement médiatique des pratiques dites « de conversion »

Décryptage – Le traitement médiatique des pratiques dites « de conversion »


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Décryptage

L’expression « thérapies de conversion » vient des Etats-Unis d’Amérique dans les années 1950 et fait référence à de multiples pratiques non-scientifiques, censées modifier l’orientation sexuelle/affective ou l’identité de genre des personnes LGBTIQ+, selon les personnes qui les proposent.

Le sujet des pratiques dites « de conversion » est plus présent dans les médias suisses depuis quelques mois. Cela est lié à l’actualité politique, avec des interdictions dans certains cantons romands et des discussions à l’échelle nationale, mais également dans d’autres pays européens. Nous proposons un décryptage de ce sujet médiatique dans les médias romands.

La moyenne des 47 sujets médiatiques (article de presse, TV, radio) recensés dans 19 médias romands, entre le 7 février 2024 et le 26 mai 2025, parlant spécifiquement des pratiques dites « de conversion », est de 0,18. Cela signifie que le traitement médiatique est globalement adéquat.

Néanmoins, nous relevons quelques écueils qui limitent la compréhension des pratiques dites « de conversion » (aussi appelées mesures ou thérapies de conversion) pour le grand public.

Les médias ont tendance à mettre en avant surtout l’orientation sexuelle et affective dans les cas de pratiques dites « de conversion », négligeant l’identité de genre qui est pourtant également incluse dans les (projets de) lois en Suisse romande. Il est ainsi souvent question de « pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle » ou de « délivrer les homos ». Cela est également le cas pour les personnes concernées qui témoignent dans les médias, la plupart ont subi des pratiques visent à modifier leur orientation sexuelle et affective. Pourtant, le Panel Suisse LGBTIQ+ de 2023 met en avant que 15,5% des personnes non-cisgenres et 9,5% des personnes non-hétérosexuelles ont subi des pratiques visant à modifier leur identité de genre ou leur orientation sexuelles et affective.

D’ailleurs, même si certains témoignages existent, il y en a uniquement 4 dans les 47 sujets médiatiques analysés. Ainsi, en majorité, il manque la parole des personnes concernées dans les médias ce qui permet moins de se rendre compte de la réalité suisse. Il n’y a en outre pas beaucoup plus de personnes expertes dans les médias (6 mentions sur 47), ces dernières étant principalement en lien avec les communiqués de presse des associations nationales.

De plus, lorsque des exemples sont donnés, ils sont centrés pratiquement uniquement sur les milieux religieux. Bien que plusieurs cas et études aient montré qu’il existait des pratiques dites « de conversion » en lien avec la spiritualité, des exemples sont aussi ressortis dans le monde médical. D’ailleurs, la loi valaisanne qui interdit ces pratiques est insérée dans un loi sur la santé. Il convient de les rendre visible car la réalité suisse n’est pas celle des films hollywoodiens et les pratiques dites « de conversion » peuvent être plus subtiles mais toujours interdites.

Ainsi, bien que le sujet soit traité de manière adéquate dans les médias romands, il est important de faire attention à bien mettre en avant l’entier des victimes des pratiques dites "de conversion" et à montrer leur pluralité, car elles sont interdites presque partout en Suisse romande.
Situations en juin 2025 dans les différents cantons romands : Berne, Neuchâtel,Valais, Vaud : interdiction Genève, Fribourg, Jura : projets de loi en vue d'une interdiction

DécadréE travaille sur le traitement médiatique des thématiques LGBTIQ+ depuis fin 2020 et fait une veille de 19 médias romands. Nous avons pris des exemples parlant, sans volonté de pointer une rédaction (ou des journalistes) plus qu’une autre. Nous souhaitons montrer les améliorations possibles sur ces questions et nous proposons des outils concrets pour aider les journalistes. Nous proposons par exemple un lexique et un livret de recommandations sur les questions LGBTIQ+.

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Le travail de veille médiatique des thématiques LGBTIQ+ de décadréE est soutenu par l’Office cantonal de l’égalité et de la famille de l’Etat du Valais, la Ville de Genève et le LGBTI Youth Fund.

Recommandations – traitement médiatique de la Marche des fiertés

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Recommandations

A l’approche de la Pride romande du 7 juin 2025 à Genève, l’institut décadréE propose une série de recommandations sur le traitement médiatique des Marches des fiertés, en collaboration avec la Fédération genevoise des associations LGBT.

La Marche des fiertés est un événement annuel, sujet marronier qui rend compliqué son traitement médiatique par les journalistes, au-delà de la simple information factuelle (date/lieu). Nous proposons ici quelques recommandations et en profitons pour rappeler que les structures qui organisent les Marches des fiertés sont composées uniquement de bénévoles.

1. Parler de la Pride, grâce à l'itinérance géographique ou à un angle particulier

En Suisse romande, une Pride a lieu chaque année dans une ville différente (depuis 2021, une année sur deux elle a lieu à Genève). Cette itinérance géographique permet de contrer l’aspect marronier car chaque canton a ses propres lois et enjeux sur les thématiques LGBTIQ+. Il est également l’occasion de se concentrer sur le vécu des personnes LGBTIQ+ de la région en particulier et sur les enjeux, notamment juridiques, propres à chaque canton. Ainsi, la prévention de l’homophobie et de la transphobie en milieu scolaire est différente selon les cantons, chacun ayant le pouvoir sur la gestion de l’école.

De plus, des revendications sont toujours proposées par les organisations. Il est possible d’en choisir une seule et de la creuser, de profiter de la Pride pour voir où en est un sujet LGBTIQ+ désormais ou encore pour s’intéresser aux parcours des bénévoles qui l’organisent.

2. Trouver un bon équilibre entre l’aspect politique/revendicateur et l’aspect festif

Les Prides sont des événements politiques, qui comportent des revendications pour l’égalité. C’est également un moment de visibilité et de joie dans l’espace public pour les personnes LGBTIQ+ et alliées. L’aspect festif des Marches des Fiertés peut permettre de rendre visible l’événement auprès du grand public mais il est important de ne pas occulter les revendications pour montrer que cet événement reste nécessaire aujourd’hui. Cela est également important lors du choix des images, choix qui a un impact sur le grand public avec notamment, pour Genève, une confusion entre la Pride et la Lake Parade. En outre, les personnes LGBTIQ+ n’ont pas toutes le même vécu au sein des « lettres », et particulièrement en termes de droits. Il est intéressant de mettre en lumière des revendications qui ne portent pas que sur les personnes gays ou lesbiennes.

3. Rappeler l’ancrage historique

Les Prides ont lieu en Suisse depuis des dizaines d’années, il est intéressant d’ancrer cet événement dans la durée en montrant les avancées en termes de droits mais aussi ce qu’il reste à mettre en place pour l’égalité. Au-delà de l’événement en soi, c’est une actualité pour parler des thématiques LGBTIQ+. Rappeler l’ancrage historique des Prides, c’est également revenir sur leurs origines, soit un mouvement réactionnaire face à la violence policière, à New York, contre les personnes trans*, les drag queens et la communauté LGBTIQ+.

4. Utiliser les bons mots

Aujourd’hui le terme “Gay Pride” n’est plus utilisé par les organisations de Suisse romande. Il est question uniquement de “Pride” et/ou “Marche des fiertés”. Le terme “Gay Pride” est réducteur et ne permet pas de mettre en avant la diversité des vécus de l’acronyme LGBTIQ+.

Il est aussi important de qualifier correctement les personnes et les différentes réalités que vous aller retrouver sur le terrain ou dans vos sujets. N’hésitez pas à vous renseigner en amont sur le vocabulaire ou les écueils à éviter, par exemple auprès de l’organisation (Geneva Pride pour 2025), de la Fédération romande des associations LGBTIQ+, des faîtières (LOS, TGNS, Pink Cross) ou dans notre lexique ou livret de recommandations.

Nous avons également mis en place des recommandations pour les structures organisatrices, en vue de faciliter les liens avec les médias.

Toutes ces recommandations ont été élaborées et relues avec des membres d’organisation de la Pride romande ainsi qu’une journalistes.

DécadréE recommande de ne pas nominaliser et d’utiliser le terme « personnes » avant les adjectifs trans*/non-binaires/intersexes par exemple. Demandez aux personnes concernées comment il faut les genrer et respectez leurs limites, comme par exemple l’anonymat.

Ce projet reçoit le soutien de l’Office cantonal de l’égalité et de la famille de l’Etat du Valais, la Ville de Genève et des fondations privées.

Bastions de l’égalité – 14 juin 2025

Bastions de l’égalité – 14 juin 2025


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Bastions de l’égalité

Le samedi 14 juin, décadréE participe aux Bastions de l’égalité ! Rendez-vous au parc des Bastions à Genève dès 10h.

Nous proposons deux activités et n’hésitez pas à venir nous faire coucou aussi pour discuter et en savoir plus sur nos activités.

De 10h à 13h : Venez jouer à un memory revisité pour discuter des représentations féminines et masculines. Jeu pour tous les âges !
De 10h30 à 13h30 : Projection « Dans les yeux d’Emilie »- Découvrez la web-série du Lab : 5 épisodes de mise en valeur d’archives féministes créés par un groupe de jeunes !

Les Bastions de l’égalité 2025 est un projet co-organisé par le Réseau Femmes* et la Fondation pour l’égalité de genre.

Récits LGBTQIA+ : l’enjeu des représentations médiatiques

Récits LGBTQIA+ : l’enjeu des représentations médiatiques


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Rejoignez-nous le samedi 15 mars à 15h30 au FIFDH pour une discussion captivante sur les représentations médiatiques des récits LGBTQIA+!

En collaboration avec la Fédération genevoise des associations LGBT, décadréE vous invite à explorer comment les médias influencent les perceptions et les normes, en particulier chez les jeunes.

Une discussion avec :

  • Léon Salin : Activiste trans et créateur de « Transmance ».

  • Carolina Gonzalez : Activiste et vidéaste, créatrice de « La Carologie ».

  • Christine Gonzalez : Journaliste RTS et créatrice de « Voyage au Gouinistan ».

Ne manquez pas cette occasion unique de participer à une conversation sur l’impact des médias romands sur les représentations LGBTQIA+.

La discussion sera suivie d’un apéritif pour enrichir les échanges.

Pour plus d’informations, visitez le site du Festival du film et forum international sur les droits humains.

Samedi 15 mars
15h30-16h30 + apéro Entrée libre Dans le cadre du FIFDH Au Café du Festival, dans l'Espace Pitoëff (Rue de Carouge 52, 1205 Genève)

Cet événement, qui s’inscrit dans le projet de sensibilisation des médias aux thématiques LGBTIQ+, est soutenu par le LGBTI Youth Fund.

Décryptage – Transidentités et intersexuation : éviter la confusion

Décryptage – Transidentités et intersexuation : éviter la confusion


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Décryptage

Durant notre veille médiatique sur les thématiques LGBTIQ+, nous avons remarqué que plusieurs médias mélangeaient les questions trans*/non-binaires et intersexes, sans distinction claire. Une des explications est la reprise des discours politiques, qui lors des échanges sur une modification de la loi pour permettre l’ajout d’un “troisième sexe[1]” administratif et juridique, parlaient souvent des personnes trans* et intersexes comme un tout. Néanmoins, les enjeux de ces deux thématiques diffèrent, il est donc important de savoir les différencier pour ne pas transmettre des informations inadéquates au lectorat et à l’audimat.

[1] Nous reprenons le terme administratif, politique et juridique utilisé, bien qu’il soit question de genre.

 

Les définitions

Les personnes intersexuées sont des personnes dont le corps possède des caractéristiques liées au sexe biologique (organes génitaux, chromosomes, hormones, etc.) ne correspondant pas ou qu’en partie aux catégories biologiques binaires définies pour distinguer les sexes/corps dits « femelles » et « mâles ».

Une personne dont les caractéristiques liées au sexe biologique correspondent au schéma binaire mâle/femelle est une personne dyadique

Les questions d’intersexuation sont ainsi liées plus directement au sexe.

Tandis que les personnes trans* sont des personnes qui ne se reconnaissent pas, ou pas totalement, dans le genre assigné à la naissance. Ce terme regroupe un grand nombre de réalités. Il est néanmoins important de noter que toute personne a une identité de genre. Voici quelques exemples :

  • Femme trans* : une femme qui a été assignée au genre masculin à la naissance mais dont le genre est féminin. On parle d’elle au féminin.
  • Homme trans* : un homme qui a été assigné au genre féminin à la naissance mais dont le genre est masculin. On parle de lui au masculin.
  • Personne non-binaire : les personnes non-binaires ne sont ni exclusivement homme, ni exclusivement femme, mais peuvent être entre les deux, un genre au delà du féminin et du masculin, un « mélange » de genres ou aucun genre. Les non-binarités regroupent un grand nombre d’identités.
  • Personne cisgenre : personne dont le genre ressenti et le genre assigné à la naissance correspondent totalement.

Les questions de transidentités sont donc liées au genre et plus précisément à l’identité de genre.

 

Les journalistes et l’intersexuation

Nos différentes recherches ont montré que les questions d’intersexuation sont très peu présentes dans les médias. Durant la recherche exploratoire, sur 145 articles analysés, 2 parlaient de l’intersexuation. Entre juillet 2021 et novembre 2022, sur 2’941 sujets médiatiques, 8 étaient consacrés aux questions intersexes, mais 23 traitaient de l’intersexuation et des transidentités, en lien avec des débats politiques.

Cette invisibilité participe à la méconnaissance globale sur ce sujet. Pourtant, près de 2% de la population serait intersexe. Les journalistes interrogé-es ont également dit avoir peu de connaissances sur ces questions, comparé à d’autres thématiques LGBTIQ+.

 

La confusion entre transidentités et intersexuation dans les médias

Un point que nous retrouvons régulièrement dans les médias est une confusion au niveau des définitions. Il y en a rarement mais lorsque c’est le cas, elles sont souvent incomplètes ou inadéquates sur les questions trans* et intersexes, ce qui ne permet pas de distinguer les deux thématiques.

Il y a également une réduction des enjeux autour du “troisième sexe” (juridique et administratif) et des toilettes “non-genrées”. Ces revendications sont tenues par exemple par les personnes non-binaires, mais pour les questions d’intersexuation, les spécialistes demandent principalement l’arrêt des mutilations génitales et des traitements médicaux non-consentis sur les enfants intersexes. Ainsi, en mélangeant ces deux thématiques, les médias participent à reproduire certains stéréotypes sur ces questions.

Un autre point d’attention est que les personnes concernées – qu’elles soient trans* ou intersexes – ont peu la parole dans les médias. Ce qui ne permet pas de les rendre vraiment visibles.

Il est donc important de pouvoir distinguer les questions trans* et non-binaires des questions d’intersexuation dans les médias, avec des définitions adéquates et une mise en avant spécifique des enjeux respectifs des personnes concernées.

Articles analysés pour ce décryptage :

DécadréE travaille sur le traitement médiatique des thématiques LGBTIQ+ depuis fin 2020 et fait une veille de 19 médias romands. Nous avons pris des exemples parlant, sans volonté de pointer une rédaction (ou des journalistes) plus qu’une autre. Nous souhaitons montrer le manque de sensibilisation qui existe sur ces questions et proposer des outils concrets pour aider les journalistes pour un traitement plus respectueux des identités non-binaires. Nous proposons ainsi un lexique et un livret de recommandations sur les questions LGBTIQ+.

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Le travail de veille médiatique des thématiques LGBTIQ+ de décadréE est soutenu par l’Office cantonal de l’égalité et de la famille de l’Etat du Valais, la Ville de Genève et le LGBTI Youth Fund.

Les jeunes trans* et non-binaires dans les médias : décryptage

Les jeunes trans* et non-binaires dans les médias : décryptage


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Décryptage

Dans notre rapport de recherche publié en 2023, portant sur une veille médiatique entre juillet 2021 et novembre 2022, nous voyons que 369 sujets médiatiques sur 2’940 portent sur les questions d’identités de genre. Parmi ceux-ci, certains portent plus spécifiquement sur les jeunes trans* et non-binaires (moins de 18 ans). Nous proposons d’analyser ces sujets médiatiques pour mettre en évidence certaines formulations inadéquates pour un meilleur traitement médiatique de cette thématique.

Le traitement médiatique des jeunes trans* et non-binaires

Lorsqu’il est question de jeunes trans* et non-binaires, plusieurs des sujets médiatiques analysés dans la veille s’anglent sur la transition médicale, que ce soient des opérations chirurgicales ou des traitements hormonaux, malgré le temps d’attente moyenne de 2 ans pour débuter une hormonothérapie en Suisse(1).

Ainsi, les termes utilisés se concentrent sur l’aspect médical et non sur l’identité des jeunes, ce qui amène un aspect voyeuriste et sensationnaliste. Le traitement médiatique sur les jeunes trans* et non-binaires doit tenir compte de la diversité de leurs réalités et présenter des parcours variés. Il convient de ne pas le centrer uniquement sur les questions de transition médicale, alors que les questions de transidentités incluent également les transitions sociales et que les transitions médicales ne concernent pas forcément toutes les personnes, et ne concernent pas les enfants trans* et non binaires. En effet, une transition s’effectue souvent dans plusieurs sphères: familiale, scolaire, amicale, espaces de loisirs, espaces pré-professionnels – et peut concerner, selon l’âge et surtout le ressenti, un changement de prénom, de pronom, d’habits, un changement de genre à l’état civil, etc., outre les aspects médicaux tels que les bloqueurs de puberté ou l’accès à l’hormonothérapie.

Dans les sujets médiatiques analysés, les interviews sont effectués auprès de médecins, pédiatres et parents sous l’angle de la crainte des conséquences de la transition médicale. Si la diversité des points de vues fait partie de la culture journalistique, notre veille montre peu d’articles qui donnent la parole aux parents soutenants ni aux jeunes, pourtant directement concerné-e-xs par la thématique.

Il est par ailleurs rarement question de “jeunes trans” mais plutôt de “jeunes filles [qui] ont subi une ablation des seins”. Il y a ainsi du mégenrage (ne pas désigner les personnes selon leur genre ressenti) par exemple lorsqu’il est question de “jeunes filles” ou “fillette” pour parler de garçons trans.

De plus, il est important de noter que cette visiblité peut être compliquée pour les jeunes, qui sont une population vulnérable. Une enquête d’Unisanté sur la victimisation des jeunes a montré que les jeunes trans* et non-binaires étaient plus représenté-e-xs dans les victimes de racket, agressions sexuelles et harcèlement que les jeunes cisgenres. Les jeunes trans* et non-binaires ont également une moins bonne santé générale et annoncent plus de symptômes dépressifs que les jeunes cisgenres (2).

Globalement, les sujets médiatiques sur les questions LGBTIQ+ donnent peu la parole aux personnes LGBTIQ+ et/ou expertes. En effet, dans environ 70% des sujets analysés, celles-ci ne sont pas interrogées. Le traitement médiatique des jeunes trans* et non-binaires ne diffère ainsi pas : les jeunes sont très peu représenté-e-xs dans les médias. Iels n’y ont pas la parole même si cela les concerne directement. Il est pourtant important de les rendre visible, ainsi que leurs réalités, c’est ce qui sort de notre recherche auprès des jeunes LGBTIQ+, pour connaître leurs rapports aux médias. Il est ainsi important de leur donner la parole pour des représentations correspondant à leurs existences.

ARTICLES ANALYSÉS

Sujets médiatiques analysés pour ce décryptage :

2023.02.19, Watson, « «Je suis un garçon, maman»: le nombre d’ados trans explose en Suisse »
2023.03.19, Le Matin Dimanche, « Les mineurs en transition sont de plus en plus opérés »
2023.11.08, La Télé, « Comprendre la transidentité pour l’accepter »
2023.12.11, Tamedia, « Des médecins ont été censurés après avoir exprimé leur inquiétude »
2023.12.11, 20 minutes, « Critiques de médecins peu écoutées »
2024.10.06, lematin.ch, Les bloqueurs de puberté sous le feu de la critique

Lunch média sur les représentations médiatiques des jeunes trans* et non-binaires

Dans le cadre de notre projet de sensibilisation des journalistes aux thématiques LGBTIQ+, nous proposons un lunch média sur les représentations médiatiques des jeunes trans* et non-binaires le 29 octobre prochain :


DécadréE travaille sur le traitement médiatique des thématiques LGBTIQ+ depuis fin 2020 et fait une veille de 19 médias romands. Nous avons pris des exemples parlants, sans volonté de pointer une rédaction (ou des journalistes) plus qu’une autre. Nous souhaitons montrer le manque de sensibilisation qui existe sur ces questions et proposer des outils concrets pour aider les journalistes pour un traitement plus respectueux des identités non-binaires. Nous proposons ainsi un lexique et un livret de recommandations sur les questions LGBTIQ+.

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