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Suite au cas d’un viol dans l’espace public en Ville de Genève, plusieurs articles utilisent les dénominations “viol sauvage” ou “viol à l’arrache”. Décryptage d’une dénomination glissante.
Une affaire de viol dans l’espace public est révélée le dimanche 10 mars par la Tribune de Genève. L’affaire date de février. L’article parle également d’une augmentation des chiffres des viols dans l’espace public. Ces agressions sont qualifiées de “viol sauvage” et “viol à l’arrache”. Or ces termes ne sont pas neutres.
Un vocabulaire animalisant
Les mots “sauvage” et “prédateur” et leurs dérivés, comme “sauvagement violée” renvoient à un champ lexical animalisant. Or, les violences ne découlent pas de pulsions incontrôlables et animales, mais bien de relations de pouvoir. Les auteurs de violence ne doivent donc pas être comparés à des animaux.
Une hiérarchisation des violences
Un viol est un viol, quelque soit le contexte, les réactions de la victime et les actes de l’auteur. Un viol dans l’espace domestique et conjugal n’est pas moins destructeur qu’un viol dans l’espace public. Il en est de même si l’auteur fait preuve de contraintes et de violences physiques, ou si la victime est sidérée et figée. Or, utiliser des adjectifs comme “sauvage” distingue une agression d’une autre, ce qui peut provoquer un phénomène de hiérarchisation.
Propos et sentiment d’insécurité
La majorité des violences faites aux femmes ne se déroulent pas dans l’espace public, mais dans l’espace privé par des proches. L’augmentation des violences dans l’espace public est certes inquiétante, mais elle ne doit pas accaparer toute l’attention. Plus encore, il est important de ne pas participer à augmenter un sentiment d’insécurité qui pourrait réduire la liberté de mouvement et d’action des femmes, voire les empêcher de chercher de l’aide.
Les femmes n’ont pas à porter la charge mentale de leur propre protection et à réduire leur liberté de mouvement.
ARTICLES ANALYSÉS
RTS 12.03.2024 « Triste record de viols sauvages à Genève »
Blick, 11.03.2024 « Le suspect du viol en Vieille-Ville de Genève a été arrêté en Italie »
Tribune de Genève 10.03.2024 » Agression à Genève: Une mère de famille violée par un inconnu en Vieille-Ville »
Fin janvier à Catane, Italie, 7 hommes ont participé au viol collectif d’une jeune femme. Un crime qui n’est pas le premier puisque selon les médias plusieurs viols collectifs ont été recensés en Italie ces derniers mois. L’indignation fait rage et le débat médiatique s’est ouvert sur une proposition du ministre Matteo Salvini: la castration chimique.
Comment traiter de cette actualité sans tomber la tête la première dans les biais racistes et classistes de la culture du viol, qui voudraient que tous les auteurs soient étrangers et « déviants »? Certains articles nous donnent des premières pistes.
Plusieurs médias dont Watson et Blick titrent ainsi « La castration chimique, la solution pour en finir avec les violeurs? » ou « L’Italie veut castrer les violeurs: est-ce vraiment efficace? ». Ces médias prennent comme point de départ un fait divers, ici le viol collectif à Catane, pour dézoommer en soulignant d’une part la récurrence des viols collectifs des derniers mois, et amener une réflexion politique, voire sociétale. Un mouvement généralement positif lorsque l’on parle de traitement médiatique des violences sexistes. Or, que peut-on dire du traitement médiatique de cette affaire en particulier?
Décryptage
Plusieurs éléments peuvent être mis en avant pour analyser le traitement médiatique des affaires de violences sexistes: le vocabulaire et les éléments de descriptions de la victime, de l’auteur et des faits ainsi que l’angle et les sources.
Or, rapidement on constate que les articles dévoilent, voire insistent sur la nationalité et le statut des auteurs du viol collectif de Catane : « Une petite fille violée par sept Égyptiens: ne me parlez pas de tolérance. Face à cette horreur, il ne faut pas être indulgent, il n’y a qu’un seul traitement: la castration chimique », écrit Watson en citant un tweet de Matteo Salvini dans le premier paragraphe de son article « L’Italie veut castrer les violeurs: est-ce vraiment efficace? » . Du côté du Blick, on révèle également leur statut migratoire « Ce sont des immigrants illégaux. »
Un fait qui peut avoir son importance au vue des discours des politiques puisque le débat se cristallise autour de la politique migratoire italienne, plus précisément d’une loi accordant aux réfugié-es mineur-es le droit de rester sur le sol italien jusqu’à l’âge de 21 ans.
Cependant, il questionne. En effet, des études (1997 : Madriz, 2021 : Lochon) ont montrés que les biais racistes perdurent dans la représentation des violences sexistes.
Le soir à l’extérieur dans une ruelle sombre et isolée une femme valide, blanche, jeune et belle se fait violer par un homme moche, étranger, frustré, fou et dépendant à l’alcool ou à la drogue.
Voilà schématiquement le « mythe de la parfaite agression » que décrit l’autrice américaine Esther Madriz. Cette représentation agit comme un curseur pour juger ensuite de la légitimité et de la crédibilité des autres agressions, des victimes et des auteurs.
On sait aujourd’hui, qu’il n’est pas possible de dessiner un profil type d’auteur de violence. Or, la manière dont les auteurs du viol de Catane sont décrits tend à confirmer ces biais. Plus encore, ceux-ci sont renforcés dans l’article du Blick par la description du contexte: « Ils ont eu lieu dans des rues sombres. Sur des chantiers abandonnés. Dans des entrepôts. » Or, se focaliser sur les éléments concordant avec l’agression stéréotypée invisibilise les autres situations de viols. Une chose, que l’ont descelle déjà dans le discours politique. En effet, concevoir les agressions sexuelles uniquement au travers du prisme de l’agression stéréotypées citée plus haut, empêche de concevoir comme crédibles toutes les violences et toutes les victimes, par exemple dans le cas d’agressions sexuelles dans le cadre conjugal ou par des agressions ne correspondant pas au profil stéréotypé de l’auteur.
On peut ainsi se demander dans ce cas comment équilibrer le débat en apportant d’autres éléments et ainsi permettre d’aller au-delà de ces biais.
L’article du Blick révèle aussi la nationalité des auteurs des autres agressions « A Caivano, dans la province de Naples, deux petites filles âgées de 10 et 12 ans ont été abusées pendant des mois par un groupe d’adolescents italiens. A Palerme, c’est une jeune femme de 19 ans qui a été violée plusieurs heures par des Siciliens en juillet dernier. A chaque fois, les agresseurs agissent à six ou sept. Aucun d’entre eux n’a jamais plus de 20 ans.» (1). Des informations qui tendent à déconstruire le mythe de l’auteur de violence étranger et ainsi à équilibrer le débat.
Dans son article, Watson fait le choix d’interviewer un expert, Dirk Baier, directeur de l’Institut pour la délinquance et la prévention de la criminalité de l’Université des sciences appliquées de Zurich (ZHAW). Il rappelle notamment les réalités sociales et non biologiques qui sont à l’origine des violences envers les femmes: « On ne devient pas délinquant sexuel juste à cause d’un déséquilibre hormonal. Leur développement s’inscrit dans un processus de socialisation à long terme. La personnalité qui se forme dès lors ne peut pas être modifiée uniquement par un traitement médicamenteux ».
Dans cet article, l’intervention d’une personne experte ainsi que la description précise de tous les cas de viols collectifs sont autant d’analyse et de faits permettant d’équilibrer et de situer le débat.
Pourtant, d’autres informations complémentaires auraient pu également apporter d’autres perspectives au débat. On peut nommer et expliciter le victimblaming (2) qu’a subit la victime du viol collectif à Palerme, puis en comparant les réactions entre Catane et Palerme, appréhender les mécanismes de délégitimation des violences et des victimes cités plus-haut. En d’autres termes, il est intéressant de voir, sans minimiser la violence des deux agressions, que celle perpétrée par des auteurs à la nationalité étrangère suscite l’indignation, tandis que l’autre suscite de vives réactions de victimblaming sur les réseaux sociaux.
Pour terminer, il nous semble important de rappeler que la castration chimique et chirurgicale a elle-même une histoire eugéniste et raciste. Rappeler cette histoire permet d’appréhender cet acte à l’aune d’une autre perspective.
ARTICLES ANALYSÉS
Watson, 08.02.2024 « L’Italie veut castrer les violeurs: est-ce vraiment efficace? »
Blick, 06.02.2024 « La castration chimique, la solution pour en finir avec les violeurs?«
Watson, 06.02.2024 « Le viol collectif d’une fille de 13 ans choque l’Italie »
Blick, 05.02.2024 « Une fille de 13 ans violée par un groupe d’hommes à Catane »
Blick, 29.08.2023 « Une Italienne de 19 ans violée par sept hommes à Palerme »
POUR ALLER PLUS LOIN
(1) L’origine/la nationalité sicilienne et italienne sont soulignées par nos soins.
(2) Le victimblaming revient à rendre responsable une victime des violences subies en jugeant notamment son comportement, son habillement, son métier et “sa réputation”.
La Collective est un futur lieu qui rassemblera, dès 2026, un café, une bibliothèque, une garderie, des logements, un centre culturel, des prestations directes et les bureaux d’associations féminines et féministes de Genève.
Pour en savoir plus sur ce projet, La Collective organise des moments conviviaux sur le temps de midi !
Bonus, décadréE y participe et présentera ses activités le 14 mars.

A l’occasion de la Semaine de l’égalité 2024 organisée par la Ville de Genève, décadréE propose des ateliers dans le cadre du programme scolaire. Destinés aux classes du cycle et du secondaire II, ces ateliers sont organisés par le service Agenda 21-Ville durable et les Bibliothèques municipales.
L’équipe de décadréE a crée des ateliers inédits et spécifiquement élaborés pour la Semaine de l’égalité en Ville de Genève dont l’édition 2024 s’intitule « Genre et climat, même combat! ». En alliant ses expertises terrain et scientifiques, l’institut accompagne un jeu de rôle immersif où les élèves pourront créer un mini-reportage.
Au travers d’enquêtes immersives, les élèves reviendront sur des manifestations historiques pour l’environnement menée par des femmes. En naviguant à travers les sources proposées et en adoptant un regard critique, les élèves découvriront non seulement l’histoire de ces manifestations, mais apprendront également à adopter un regard critique sur les discours et les médias.

Semaine de l’égalité en Ville de Genève
Qui est le plus impacté par le changement climatique? Quels sont les liens entre le patriarcat et la situation écologique actuelle? Qui porte la charge mentale du soin à la planète? Comment repenser notre rapport au vivant? Comment faire converger les luttes pour l’égalité et celles pour la préservation de l’environnement?
Depuis plus de 10 ans, la Ville de Genève a fait de l’égalité des genres une priorité politique. Elle agit à plusieurs niveaux et développe des projets de lutte contre les discriminations liées au genre en collaboration avec le réseau associatif et institutionnel genevois. Découvrez ses actions sur www.geneve.ch/egalite

Suite à l’annonce de licenciements d’au maximum 40 postes par le groupe de presse ESH Médias, décadréE fait part de sa sidération et se joint aux inquiétudes.
Un journalisme de qualité demande du temps et des ressources. Les études sur le traitement médiatique des violences sexistes montrent que le contexte de rédaction des articles influencent la qualité des contenus.
L’Institut est inquiet face à cette crise que traversent les médias romands, qui menace grandement la qualité et la diversité des contenus médiatiques.
Révolutionnez votre communication : illustration, écriture, vidéo, prise de parole. Prenez conscience des enjeux de genre dans les contenus en participant à nos formations et ateliers.
Institut de recherches et de formations et laboratoire d’idées sur l’égalité dans les médias, décadréE propose des formations dans les domaines de la communication et écriture inclusives ainsi que traitant des thématiques égalité et médias.
L’institut propose également, au travers de son laboratoire, le Lab, des ateliers de réflexion et de création pour se familiariser avec le monde des médias.
DécadréE, à la fois ancré dans la réalité du terrain et attentif aux changements et aux tendances, enrichit ses compétences et ses ressources au travers de son pôle de recherche pour vous proposer des prestations actuelles et de hautes qualités.

ÉCRITURE CRÉATIVE
Corps maison
Si le corps était un lieu de vie, à quoi ressemblerait-il? Dans cet atelier d’écriture créative à la St Valentin du Q, une exploration du corps -comme refuge avec ses imperfections, ses parquets qui craquent ou ses fenêtres mal isolées, mais aussi dans toute sa beauté et sa subjectivité- est proposée.

LUNCH MÉDIA AUX JOURNALISTES
Médias et familles arc-en-ciel
Suite à la votation et l’entrée en vigueur du mariage pour les couples de même genre ainsi que l’accès élargi à la PMA et l’adoption, nous proposons un lunch média pour échanger sur la manière de traiter ces questions.
ÉCRITURE INCLUSIVE
Pour toucher un plus large public
Afin de vous familiariser avec la communication inclusive et l’intégrer à vos pratiques professionnelles, nous organisons, un cours conçu spécifiquement pour les métiers de la rédaction et de la communication.
ÉCRITURE INCLUSIVE ET ACCESSIBLE
Une langue avec et pour chaque personne
Afin de vous familiariser avec l’écriture non-sexiste et accessible et l’intégrer à vos pratiques professionnelles, nous organisons un cours d’écriture incluant pratique et discussion. Cette formation est réalisée avec Vision positive, partenaire en matière de déficience visuelle.

PARLER EN CONFIANCE AUX MÉDIAS
Gagnez en assurance face aux médias et prenez votre place avec un message clair et impactant
Que se passe-t-il dans votre tête lorsque vous devez prendre la parole en public ou dans les médias ? Vous est-il déjà arrivé de refuser une intervention par crainte ou convaincue que vous n’étiez pas légitime ? Et si nous travaillons ensemble pour que vous gagnez en assurance ?
ÉCRITURE INCLUSIVE NON-BINAIRE
Pour une langue qui inclut au-delà de la binarité
Avec une personne experte et concernée, décadréE propose une formation sur l’écriture inclusive non-binaire, pour (re)découvrir comment inclure toute personne au delà de la binarité et mettre en pratique des outils dans la langue.
Date à convenir

ATELIERS VIDÉO
Découvrir le tournage vidéo
Dans le cadre du projet Dans les yeux d’Emilie le Lab propose des ateliers d’initiation au tournage vidéo.
Les dates des tournages sont à définir entre la vidéaste et les bénévoles.
ATELIERS MONTAGE VIDÉO
Découvrir le montage vidéo
Dans le cadre du projet Dans les yeux d’Emilie le Lab propose des ateliers d’initiation au montage vidéo.
Les dates des tournages sont à définir entre la vidéaste et les bénévoles.
ATELIERS D’ÉCRITURE JOURNALISTIQUE
Découvrir l’écriture journalistique
Dans le cadre du projet Dans les yeux d’Emilie le Lab propose des ateliers d’initiation à l’écriture journalistique et à l’écriture de chroniques journalistique spécifiquement..
Les dates des sessions d’écriture sont à définir entre la journaliste et l’équipe de bénévoles.
L’institut décadréE vous propose désormais les recommandations aux médias pour un meilleur traitement médiatique des violences psychologiques aussi en italien et en allemand.
Le livret de recommandations portant spécifiquement sur le traitement médiatique des violences psychologiques a été développé pour les médias dans le cadre de la campagne de prévention des «16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre» 2023. Il a été traduit en 2 langues, avec la collaboration de associazione puntozero pour l’italien ainsi que FRIEDA – Die Feministische Friedensorganisation et Stiftung gegen Gewalt an Frauen und Kindern pour l’allemand.
Les violences psychologiques sont peu représentées dans les médias : seulement 36% des articles mentionnent explicitement les rapports de pouvoir et les éventuelles relations d’emprises présentes. Les violences les plus médiatisées restent les violences physiques. Ce livret met en avant des outils concrets à disposition des journalistes et des médias pour parler adéquatement de ces violences peut médiatisées.
Ce livret a été relu par la Fondation l’EssentiElles qui a pour mission d’aider les hommes et les femmes victimes de violence domestique en Valais, ainsi que de sensibiliser et d’informer la population sur ce sujet.


Pour affiner votre regard, nous vous proposons un quiz avec des extraits de presse romande. Essayez de découvrir si un biais s’y trouve !
DécadréE et la Fédération genevoise des associations LGBT ont développé ce quiz pour sensibiliser au traitement médiatique des thématiques LGBTIQ+.
A destination des journalistes, ce projet a pour but de faire développer des réflexes pour un traitement médiatique plus respectueux.
Pour y accéder : https://decadree.com/quiz/quiz-traitement-mediatique-des-thematiques-lgbtiq/
Cet outil a été développé avec le soutien du LGBTI Youth Fund et de la Ville de Genève. Nous remercions également les journalistes et les membres de nos associations qui l’ont testé.
